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Législatives en Côte d’Ivoire : comment le parti de Gbagbo a plongé dans la crise

Selon plusieurs sources, le communiqué annonçant le boycott par le PPA-CI du scrutin du 27 décembre a été publié sans la validation de son président qui souhaitait y faire des amendements. Coulisses. « Avant qu’on ne sorte de la salle, le communiqué était déjà sur la toile. » Le député sortant, qui fait cette confidence […]

Selon plusieurs sources, le communiqué annonçant le boycott par le PPA-CI du scrutin du 27 décembre a été publié sans la validation de son président qui souhaitait y faire des amendements. Coulisses.

« Avant qu’on ne sorte de la salle, le communiqué était déjà sur la toile. » Le député sortant, qui fait cette confidence à Jeune Afrique sous couvert d’anonymat, était présent ce 6 novembre au comité central du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI). Ce jour-là, l’instance suprême du parti de Laurent Gbagbo devait décider de participer ou non aux élections législatives prévues le 27 décembre. La décision est tombée tard dans la soirée : ce sera le boycott.

Mais treize jours plus tard, le 19 novembre, coup de théâtre. 22 cadres du parti, dont plusieurs députés sortants et maires, ont été révoqués de leurs fonctions pour avoir désobéi à ce mot d’ordre. Et le lendemain, le bureau exécutif national de la Ligue des jeunes a purement et simplement été dissous. Comment en est-on arrivé là ? Les témoignages recueillis auprès de plusieurs cadres (certains révoqués, d’autres toujours en poste) dessinent une réalité bien plus complexe que la version officielle d’un simple conflit entre discipline de parti et ambitions personnelles.

« Deux communiqués » successifs
Pour comprendre le séisme du 19 novembre, il faut remonter quelques semaines en arrière. Entre fin octobre et début novembre, trois instances du PPA-CI se réunissent successivement pour statuer sur la participation aux législatives. Et là, les versions divergent radicalement. Selon plusieurs sources, le Conseil stratégique et politique (CSP), présidé par l’ancien ministre Justin Koné Katinan, s’est prononcé pour la participation au scrutin. Mais le secrétariat général, où siègent les vice-présidents exécutifs et les secrétaires généraux, aurait opté pour le boycott, tout comme le comité central, qui aurait même acclamé cette décision. Il s’agit de « l’organe qui délibère en dernier ressort en dehors du congrès », rappelle un cadre du parti fidèle à la ligne officielle.

Que s’est-il réellement passé ce 6 novembre lors de la réunion du comité central ? Selon un député présent ce jour-là, à l’issue des débats, Laurent Gbagbo lui-même n’était « pas d’accord sur certains points que le président exécutif évoquait » dans la lecture du projet de communiqué annonçant un boycott pur et simple. « Il a dit : « Ça ne reflète pas [les débats] ». Donc tous ceux qui ont des observations, qu’ils les apportent au secrétaire général pour qu’il fasse la mouture finale et qu’on me l’envoie », raconte cette source.

« Avant qu’on ne sorte de la salle, le communiqué annonçant le boycott était déjà sur la toile », lâche le député. Plusieurs sanctionnés évoquent même l’existence de « deux communiqués » successifs, suggérant des rectifications en urgence. « C’est une mascarade ! », tranche l’un d’eux.

La version de Sébastien Dano Djédjé
Contacté par Jeune Afrique, Sébastien Dano Djédjé, président exécutif du PPA-CI, assume pleinement la décision de ne pas participer au scrutin et rejette toute idée de processus vicié. « C’est moi qui applique les décisions du président Gbagbo et du comité central », martèle-t-il. « Le 6 novembre dernier, le comité central a décidé que le parti n’ira pas aux élections législatives […] Mais si le pouvoir avait reporté les élections de quelques mois, on y serait allé. Voilà ce qui a été dit. C’est ça que nous appliquons. »

Sébastien Dano Djédjé reconnaît avoir lui-même demandé aux cadres de préparer leurs dossiers de candidature. « C’est moi, président exécutif, qui leur a dit de se tenir prêts et d’annoncer leur candidature à une commission qui allait les arbitrer. Moi-même j’ai déposé mon dossier à Gagnoa […] Mais le délai était court ».

Entre la décision du 6 novembre et la clôture des dépôts de candidatures à la Commission électorale indépendante (CEI) le 12 novembre, ils n’avaient effectivement que six jours. « Mais dès l’instant où le comité central a tranché, mon engagement n’avait plus de valeur, alors j’ai arrêté, comme beaucoup. Et d’autres ont décidé de ne pas le faire, c’est tout. Celui qui veut aller aux élections y va en son âme et conscience. Et il assume les conséquences, à savoir l’application de nos textes. »

La crise est d’autant plus explosive qu’elle ne concerne pas que 22 « indisciplinés ». Selon une source parmi eux, plus d’une centaine de cadres ont déposé leur candidature. Dont Stéphane Kipré, ancien premier vice-président exécutif chargé de l’implantation du parti sur le territoire national et membre du Conseil stratégique et politique. Un poids lourd qui jouissait de la pleine confiance de Laurent Gbagbo, dont il fut le gendre. Dans un communiqué publié le 19 novembre, il assure que « la décision de partir aux élections avait déjà été prise par le président lui-même. Et on avait reçu instruction de nous préparer à aller aux élections et que tous les députés sortants étaient reconduits, sauf s’ils se désistaient. »

Bataille de succession
Derrière cette cacophonie, une autre bataille se joue : celle de la succession de Laurent Gbagbo, 80 ans, inéligible à la présidentielle. « Pourquoi quelqu’un comme Hubert Oulaye, qui avait toutes les chances de remporter les législatives chez lui, a renoncé ?, questionne un cadre. Pourquoi quelqu’un comme Jean Gervais Tcheidé a renoncé ? Ils privilégient le combat pour la succession du président Gbagbo à l’intérieur du parti. Ils ont eu un retour très négatif de la base qui reste viscéralement attachée au président ».

Autrement dit, aller aux élections contre l’avis de Gbagbo aurait été un suicide politique pour ces prétendants. Trois noms circulent en effet pour la succession : Justin Koné Katinan, Hubert Oulaye et Jean Gervais Tcheidé. Sébastien Dano Djédjé serait hors-jeu. « Physiquement épuisé », il aurait « bien compris qu’à un moment donné il faut savoir lâcher », glisse un cadre.

Et si des poids lourds du parti ayant intérêt à ce que personne n’aille aux législatives avaient œuvré en ce sens lors du comité central ? « Il y a des manigances, ils savent ce qu’ils sont en train de faire », lâche un député révoqué, sans toutefois citer de noms.

Source : Jeune Afrique

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