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REPORTAGE/ Malgré les 95% de taux de couverture nationale: Ces Ivoiriens pour qui l’électricité est encore de l’or

Des Ivoiriens, il en existe encore qui, pour se procurer de l’électricité, se sentent obligés d’avoir recours aux branchements anarchiques, un procédé que l’on a pourtant toujours dénoncé avec vigueur. La faute, selon ces populations, à CI-ENERGIE (lisez plutôt Côte d’Ivoire ENERGIE ; NDLR), la société nationale en charge de la gestion de l’électricité en Côte […]

A Bouaké, les populations ont recours aux branchements anarchiques pour se procurer de l’électricité.

Des Ivoiriens, il en existe encore qui, pour se procurer de l’électricité, se sentent obligés d’avoir recours aux branchements anarchiques, un procédé que l’on a pourtant toujours dénoncé avec vigueur. La faute, selon ces populations, à CI-ENERGIE (lisez plutôt Côte d’Ivoire ENERGIE ; NDLR), la société nationale en charge de la gestion de l’électricité en Côte d’Ivoire.

Dans le grand Abidjan, un fait pour le plus surprenant ne manquait pas d’interloquer tout passant. A Songon Kassemblé notamment, où nous avions été le 6 août 2025, plusieurs projets immobiliers ont vu le jour depuis des années. De belles voies bitumées pour la plupart relient les différentes cités avec des réverbères en aluminium ici et là. Curieusement, dans les domiciles, point d’électricité. Les habitants de ces quartiers se débrouillaient comme ils pouvaient pour s’éclairer. Soit avec des lampes électriques soit avec des groupes électrogènes ou encore des photovoltaïques communément appelés panneaux solaires.

« Ce n’est pas l’électricité qui manque puisque nous avons des lampadaires dans nos rues et devant nos portes », s’est indigné un propriétaire de concession. Avant de s’interroger : « mais pourquoi ne peut-on pas nous installer des poteaux électriques à partir desquels nous allons tirer le courant vers nos maisons ». Et, l’homme, de poursuivre : « à quoi ça sert d’inonder les rues d’éclairage public quand on n’a pas d’électricité dans les habitations ? ».

Quelques mois après, solution a été trouvée à Songon Kassemblé où, au cours d’une visite à la faveur de la présidentielle d’octobre 2025, le Premier ministre Robert Beugré Mambé, lui-même maire de cette commune, a rassuré les populations. Des semaines plus tard, des poteaux électriques étaient plantés et le courant électrique disponible dans les foyers.

Si ce quartier de Songon a pu obtenir gain de cause, c’est certainement parce que le chef du gouvernement est intervenu sur la question. Qu’advient-il de ceux qui n’ont pas de cadres de la trempe du Premier ministre Beugré Mambé ? C’est là, la grande question.

Comme réponse, CI-ENERGIE dont nous avons rencontré des cadres à leur siège d’Abidjan pour plus d’éclairages, affirme qu’il s’agit purement d’une heureuse coïncidence. « Le programme a certainement été exécuté en temps opportun, sinon, il ne s’agit nullement d’une intervention du Premier ministre. Vous imaginez que si toutes les personnalités de ce pays nous demandaient des faveurs de ce type, nous en serions à chambouler tout notre programme et rien n’avancerait », s’est défendu, Gnadro Désiré, le conseiller du Directeur général de CI-ENERGIE.

Chasse au courant électrique

De nombreux compteurs posés sous les derniers poteaux électriques …

Autre cité, autre réalité. Bouaké, la deuxième ville du pays, ne cesse de s’étendre, comme toutes les villes de Côte d’Ivoire. Dans la capitale du centre et partout ailleurs, de nouveaux quartiers restent encore plongés dans l’obscurité et le défi pour eux, reste énorme : chasser le courant électrique jusqu’à l’obtenir, par tous les moyens possibles.

C’est le cas du quartier Maroc 2, à la lisière d’un bas-fond, avec ses sous-quartiers non loin de l’aéroport, de la Base aérienne et de l’Ecole des sous-officiers d’active (Ensoa) mais aussi de Marcory et d’autres nouveaux quartiers de la ville.

Pour tout usager de cette voie qui voit passer des milliers de personnes allant et venant tous les jours, le constat est effarant. C’est que les derniers poteaux électriques de Maroc 2 sont pris d’assaut par ses sous-quartiers et les quartiers voisins cités plus haut.

Sous ces deux derniers piliers bétonnés, se tiennent debout de grandes niches dans lesquelles sont posées plus d’une soixantaine de compteurs d’électricité appartenant à des personnes dont les habitations se situent souvent à plus de trois kilomètres de là. Ainsi, à partir de ces compteurs, des fils électriques s’entrelacent, s’entremêlent et manquent de joncher le sol, faisant courir d’énormes risques aux populations.

« Avec les fils électriques qui traînent, on craint beaucoup pour les enfants qui circulent ici et là puisqu’il y a des fois où ces câbles prennent feu mais qu’on éteint comme on peut », explique ce mardi 2 décembre 2025 vers 10 heures, assis avec le voisinage autour d’une bouilloire de thé, Diallo Oumar dont la concession est traversée par cette concentration de fils électriques.   

A voir cette anarchie qui règne dans ce lieu, on est traversé par une sensation de peur, à l’idée qu’un danger pourrait arriver à tout moment.

… avec des câbles traînant parfois jusqu’à des kilomètres, constitue un danger pour les populations.

Si les habitants de ces quartiers se plaignent de l’insécurité due au manque d’éclairage public et de la précarité chez eux,  ceux de Maroc 2 dénoncent de fréquentes baisses de tension, à cause des branchements anarchiques.

« Avec un seul poste pour notre grand quartier, quand les habitants des autres quartiers viennent se connecter à partir de nos poteaux, ça fait trop pour ce seul poste et nous vivons une baisse de tension électrique qui ne nous est pas du tout favorable », s’indigne un fonctionnaire ayant requis l’anonymat et qui ne manque pas de pointer le doigt accusateur vers la société nationale CI-ENERGIE. Ce dernier, de suggérer que les autorités compétentes trouvent une solution à ce problème en installant un second poste électrique et des poteaux pour ravitailler les habitants des quartiers voisins.

Traoré Mahmoud, le président du quartier Maroc 2 ne dit pas autre chose. Lui, qui affirme courir depuis 2020, après les responsables de CI-ENERGIE à Bouaké sans avoir gain de cause, malgré les assurances de ces derniers.

Ouattara Abdoul Karim

Chose promise …

Lorsqu’il accède à la magistrature suprême du pays en 2011, le président Alassane Ouattara promet d’offrir de l’électricité aux populations en général mais aux villages et hameaux de plus de cinq cent (500) âmes en particulier. Chose promise, chose due. Sauf que tous les bénéficiaires ne sont malheureusement pas logés à la même enseigne. 

Il n’y a aucun doute. Avec l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, villes et villages se sont agrandis. Cette ‘’urbanisation’’ rapide a certainement ses raisons. La prise de conscience d’une génération qui veut certainement avoir désormais un ‘’chez soi’’ et le développement accéléré dû à l’électrification, à l’adduction en eau potable, à la construction d’écoles et de centres de santé puis à la création de routes d’accès quand cela est possible.

Abidjan, Bouaké, Yamoussoukro, Korhogo, Daloa, Man, Duekoué, toutes les villes ivoiriennes, pourrait-on dire, ont gagné plusieurs kilomètres carrés de plus tout autour. C’est le cas de plusieurs villes et villages qui, à force de s’ouvrir, finissent par se toucher ou se confondre avec leurs chefs-lieux.

Les exemples de Korhogo et de Karakoro au nord du pays, d’Abidjan qui a fini par se confondre à Bassam, Bingerville, Songon, Dabou, Anyama, Sikensi, etc, en sont des illustrations parfaites.

Mais là où le bât blesse, c’est qu’au fur et à mesure que les quartiers de nos villes et nos villages s’étendent, il se pose paradoxalement un réel problème d’accès à l’électricité. Ce, alors que le taux de couverture nationale qui était de 33,4% en 2011 est monté à 80% en 2020 pour atteindre 88% en 2023 puis 94% en 2024. L’objectif du gouvernement étant l’atteinte des 100% d’ici quelques années.

Des chiffres qui, visiblement, cachent mal les souffrances de certaines populations en manque d’électricité de qualité, un courant électrique pourtant produit en grande quantité.

O.A.K

CI-ENERGIE  rassure : « Patience, plusieurs projets seront bientôt lancés »

Ce jeudi 5 février 2026, nous rencontrons au siège de CI-ENERGIE, Gnadro Désiré, un des conseillers du Directeur général avec qui, nous échangeons sur la situation des quartiers qui peinent à avoir de l’électricité ‘’propre’’.

M. Gnadro explique que le défi de servir tout le monde est réel mais à la fois complexe. « Ce n’est pas seulement Bouaké qui en souffre mais plusieurs villes et localités du pays », avoue l’expert. Qui reconnaît qu’avec tant de sollicitations, il faut bien une planification parce que selon lui, tout ne peut pas être réglé au même moment.

Avec M. Sia Bi, un des conseillers technique du DG, Gnadro Désiré fait comprendre que les sollicitations sont nombreuses et que les autorités du pays font de l’électrification de toute la Côte d’Ivoire, une exigence. Et, de rassurer que tout est pris en compte pour fournir de l’électricité de qualité à tous les Ivoiriens. Toutefois, ces responsables demandent beaucoup de patience aux populations.

« Ce que la Côte d’Ivoire n’a pu réaliser en 40 années, il faut pouvoir le rattraper maintenant », résume M. Sia Bi qui affirme que pour rattraper le temps perdu, il faut des projets structurés qui répondent aux besoins des populations. Car, à l’en croire, donner du courant électrique pour donner n’est pas une solution adéquate pour les populations.

« Les populations ont besoin de projets structurés qui leur permettent d’utiliser le courant électrique sans inconvénient parce que si on doit leur déposer des poteaux électriques alors qu’à chaque fois interviennent des coupures ou des pannes, cela n’a vraiment pas de sens », ont clarifié nos interlocuteurs. Qui rassurent que trois projets majeurs attendent d’être exécutés à Bouaké dont plusieurs financés par la Banque mondiale et qui prennent en compte une vingtaine de chefs-lieux de départements du pays.

Dans sa volonté de servir les Ivoiriens, M. Gnadro nous fait savoir que des équipes ont même été dépêchées dans le département de Bouna, à la frontière avec le Burkina Faso, où un climat de peur existait.

« Mais, nous y avons été pour éclairer des populations malgré la peur au ventre. Nous sommes comme des soldats. Quand on nous le demande, nous y allons par devoir et nous n’avons pas le choix », a expliqué le conseiller du DG.

CI-ENERGIE se dit d’ailleurs ouverte à tout requérant qui a besoin d’informations liées aux problèmes d’électricité.

« Nous recevons beaucoup de communautés ici pour des clarifications parce que nous sommes un service public qui aspire à être proche des populations et à les servir selon nos possibilités », a conclu M. Gnadro.

O.A.K

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