Les problèmes d’eau dans la ville de Bouaké persistent, en attendant les actions fortes que les autorités planifient pour mettre fin au calvaire des populations.
A 5 h 20 mn, dans la pénombre, une jeune fille avec une bassine sur la tête se dirige vers la mosquée du quartier. Seul puits encore de service, où vont se ravitailler en eau, des femmes du quartier Minankro extension. Dans ce quartier périphérique de la ville, comme dans bien d’autres, les problèmes d’eau sont devenus un casse-tête chinois pour les populations en général et pour la gent féminine plus particulièrement. Car, si dans les quartiers traditionnels, l’eau vient peu ou prou dans les robinets, les habitants des nouveaux sites eux, ne savent rien de l’eau courante.
Les puits traditionnels restent le seul recours ou quelques rares fois, des puits forés avec de grands fûts au-dessus pour se procurer cette source de vie.
Mais, avec la rareté des pluies en 2025 sur presque toute l’étendue du territoire national, de nombreux puits se sont asséchés à la faveur de la saison sèche. Les femmes n’ont pour seul salut que les puits forés qui ne manquent jamais d’eau parce que connectés à la nappe phréatique avec un robinet qui voit l’eau couler sans interruption. Mais, difficiles à réaliser en raison de leurs coûts élevés (3 à 4 millions de F CFA selon des informations ; NDLR), de tels puits sont rares. Les seuls que le quartier possède sont ainsi pris d’assaut par les femmes soucieuses de se procurer quelques bassines d’eau en vue de leurs travaux ménagers.
La pénurie d’eau est si dramatique que le dimanche 8 février 2026, dans un quartier dont nous taisons intentionnellement le nom, des dames en sont venues aux mains alors qu’elles étaient à la fontaine. Certaines voulant avoir plus d’eau quand d’autres ne réclamaient que la portion congrue pour leurs tâches ménagères.
« Le propriétaire des lieux qui a réalisé ce projet et qui l’a mis à la disposition des populations, a alors décidé de tout arrêter. Etant la responsable des femmes de ce secteur, je vais présenter les excuses du groupe à cet homme qui a bien voulu nous assister sans qu’on ne paie le moindre copeck en retour », nous explique le lendemain matin, lundi 9 février 2026, cette femme, à la tête de l’association.
Errer et se bagarrer pour obtenir de quoi boire

Assétou, qui habite loin de là, à un kilomètre environ, vient chaque jour avec des bidons qu’elle tente de remplir toute la journée et qu’elle transporte dans sa brouette. Telle se résume sa tâche quotidienne (voir photo).
Au quartier Maroc 2, c’est quasiment la même scène que dans les quartiers périphériques de Bouaké mais également de toutes les villes ivoiriennes, créés après 2011, suite à la longue crise ivoirienne. Des quartiers qui manquent cruellement d’infrastructures de base, préoccupations des autorités de la capitale du centre, qui s’attèlent actuellement à trouver des solutions aux problèmes de leurs administrés.
Face à cette situation de pénurie, les femmes se promènent avec qui des bassines en main qui des bidons, à la recherche d’eau dans le quartier. « On se promène partout et quand on voit un puits où on peut avoir un peu d’eau, on négocie avec les propriétaires de la concession. Souvent, ils sont réceptifs et nous permettent de nous en procurer mais des fois, l’on nous la refuse, prétextant que le puits est sec », se souvient dame Roselyne.
A Minankro extension comme à Marcory, c’est la même galère dans les ménages. A Minankro extension justement, un Bon Samaritain qui n’habite pas encore le quartier, a dû réaliser devant sa concession, un puits foré qu’il a mis à la disposition des habitants de son secteur qui affirment lui être reconnaissants pour cette générosité à leur égard.
« Je crois que cette situation est la même partout dans les nouveaux quartiers de la ville. On sait que le gouvernement fait beaucoup en essayant de nous apporter le meilleur, mais la réalité est que ce n’est pas du tout facile pour nous parce que l’eau est tout pour l’Etre humain que nous sommes car, sans eau, on ne peut rien », estime Bazoumana, un vieil homme qui appelle à trouver des solutions immédiates pour soulager les pauvres populations.

Autre lieu, Tollakouadiokro. Dans ce quartier qui n’est pas nouveau comme les précédents que nous avons cités, le raccordement au réseau est effectif. L’eau, jusqu’à un moment, coulait encore dans les robinets. Mais depuis environ un mois, c’est la détresse chez les populations de ce quartier.
« Depuis plus d’une semaine maintenant, nous n’avons pas d’eau dans les robinets. Dans un passé récent, on se réveillait au moins vers 1 heure ou 2 heures tard dans la nuit pour espérer recueillir de l’eau. Mais, ce n’est plus le cas. Rien ne coule plus », s’indigne Traoré Ténin, non loin du marché de Tollakouadiokro.
Et, sa voisine, de renchérir : « nous sommes obligées d’aller loin, à plus d’un kilomètre et demi d’ici pour chercher de l’eau sur la tête à une fontaine située dans une concession ».
Avec l’avènement de l’eau courante à Tollakouadiokro, de nombreux ménages avaient abandonné leurs puits traditionnels. Avec cette situation de pénurie d’eau, beaucoup regrettent et songent à appeler des puisatiers qui viennent les déboucher afin de leur permettre d’avoir de l’eau avant que la société en charge de la distribution de l’eau (SODECI) ne trouve solution au problème.
« Avec le Ramadan, mois du jeûne musulman qui débute ce 18 février 2026, la situation risque d’être plus difficile si Dieu ne nous vient pas en aide », laisse apparaître sa crainte, Salimata, vendeuse d’attiéké, au quartier Maroc.
Et Dieu décida …
Dans leur quête d’eau pour leurs besoins, les populations se demandaient à quel Saint se vouer. Des moments de doute que Le Tout Puissant a voulu transformer en moments de joie.
Le vendredi 13 février 2026 vers 17 heures, alors qu’il a fait chaud sur la ville et que personne ne s’attendait à aucun miracle de ce genre, des nuages se formèrent au-dessus des têtes et un grand vent souleva une nuée de poussière avec tous les déchets qui jonchaient le sol depuis le début de la période d’harmattan en décembre 2025.
Un jeune apprenti gbaka* prédit : « cette pluie ne viendra pas. Ce violent vent la fera passer très certainement ». De nombreuses personnes arrêtées tout près de lui, acquiescent.
La volonté divine les fera mentir. Au bout de 15 à 20 minutes, des gouttes de pluie touchent le sol aride qui s’inonde aussitôt d’eau ruisselante.
Les populations sont ivres de joie. Les uns, surtout les hommes, sont heureux pour la simple raison que la pluie est bien venue pour ‘’tuer’’ la poussière, à l’origine de maladies de toutes sortes. Les autres, particulièrement les femmes qui souffrent tant du manque d’eau, crient de joie. On les comprend. Elles en profitent pour recueillir de l’eau, pas très propre certes, à cause de la toiture qui a enveloppé durant des mois, toutes qualités d’éléments étrangers tels que la poussière, les sachets, les feuilles, les bouts de pagnes, mais tout de même utile pour se laver ou faire la lessive.
« Grâce à Dieu, nous avons eu une grande pluie qui nous a permis d’avoir un peu d’eau. Même si elle n’est pas très propre, on se débrouille en y mettant de l’eau de javel et un produit traditionnel qui permet de reposer la saleté au fond de la bassine. C’est mieux que de souffrir à courir çà et là sous le chaud soleil sans être certaine d’avoir de l’eau à la fin de la journée pour nos tâches ménagères », se réjouit dame Roselyne que nous avions rencontrée des jours avant au quartier Maroc.
Comme elle, plusieurs ménages saluent la grâce divine. La joie de cette pluie de vendredi n’a pas fini d’être savourée que le lendemain, samedi 14 février 2026, une autre pluie se prépare autour de 19 heures et tombe abondamment.
« On pourra recueillir assez d’eau durant quelques jours, le temps de se reposer un tout petit peu », s’exulte une femme devant ses voisins, toujours au quartier Maroc.
Le dimanche 15 février, peu avant 20 heures, une autre grande pluie s’est abattue sur la ville.
Trois jours d’averses sur la ville, une bénédiction pour les populations en quête d’eau pour les travaux ménagers.
Qui sait ? Peut-être que c’est le début d’une saison qui apportera de l’eau pour divers besoins des populations.
Ouattara Abdoul Karim
(*) : Minibus pour transports en commun.
Gouvernement et Mairie engagés pour Bouaké
La question d’un accès durable à l’eau est d’actualité dans plusieurs villes ivoiriennes. A Bouaké, plus précisément, le gouvernement met tout en œuvre pour donner satisfaction aux populations.
Selon le Magazine BOUAKE NOUVEAU dans son Numéro 003 de décembre 2025, un projet de renforcement de l’alimentation en eau potable de la ville de Bouaké à partir du fleuve Bandama a été conduit dans le cadre d’une stratégie globale visant à réduire le déficit de production d’eau. Ce projet a prévu la construction de stations de traitement d’eau de grande capacité, ainsi que des installations associées pour améliorer l’approvisionnement de la ville.
En outre, poursuit BOUAKE NOUVEAU, l’amélioration de l’accès à l’eau potable en Côte d’Ivoire est une priorité du gouvernement, soutenue par des financements internationaux et des acteurs techniques. Des programmes structurants tels que le Projet d’Appui à la Sécurité de l’Eau et de l’Assainissement (PASEA) impliquent des investissements importants pour améliorer de manière durable la sécurité de l’eau et réduire les insuffisances du réseau. A Bouaké et dans sa région, bien que l’information médiatique détaillée sur l’état précis des travaux locaux ne soit pas toujours publiée régulièrement, les actions nationales contribuent à renforcer la disponibilité et la fiabilité de l’accès à l’eau potable. Des efforts sont déployés pour que les populations bénéficient progressivement d’un approvisionnement plus stable et durable.
Et tous ces travaux, selon le Magazine d’information locale, sont suivis de près par le maire Amadou Koné qui a promis la fin du calvaire à ses populations.
Le maire de la commune n’a certainement pas tort de faire cette promesse à sa population. Puisque courant 2025, le gouvernement avait entrepris des travaux d’envergure qui ont vu une grande entreprise de la place enfouir sous terre, de vastes tuyaux depuis l’entrée de Bouaké par Béoumi jusqu’à la route menant à Katiola et traversant la ville de Bouaké. Selon les travailleurs de cette entreprise commise à la tâche que nous avons rencontrés, ces travaux lourds devraient soulager définitivement les populations. Avec un diamètre de près d’un mètre, le raccordement au réseau hydrique de ces tuyaux dans lesquels l’eau coulera à flot, sera une solution certaine pour mettre fin au calvaire des ménages.
Aussi, apprend-on de BOUAKE NOUVEAU, en septembre 2025, le ministre de l’Hydraulique, de l’Assainissement d’alors, Bouaké Fofana, avait remis 34 camions citernes modernes à l’Office National de l’Eau Potable (ONEP). Ces engins étaient destinés à renforcer la capacité d’intervention rapide pour la distribution d’eau potable, notamment en cas de rupture d’approvisionnement ou d’incident technique dans différentes régions du pays.
Face à la situation qui prévaut à Bouaké, il serait judicieux que les autorités de la ville lorgnent vers l’ONEP pour mettre en branle ces camions citernes vers les zones qui souffrent énormément de manque d’eau, en attendant qu’une solution soit trouvée dans un délai relativement court.
O.A.K
REPORTAGE/ Pénurie d'eau à Bouaké: elles boivent le calice jusqu'à la lie
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