Des mésententes et des sons discordants dans le parti présidentiel avant 2030 qui verra certainement une recomposition du paysage politique national après le probable retrait des trois grandes figures de la scène politique nationale, Henri Konan Bédié, décédé, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo presqu’à la retraite.
La cohésion et l’entente au sein du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la paix (RHDP) sont à l’épreuve de la division. Guerres de positionnement, guerres de leadership et guerres de clans minent le parti d’Alassane Ouattara, alors qu’approche à petits pas, 2030, où une nouvelle élection présidentielle s’annonce, avec en ligne de mire, de grands bouleversements dont la possible succession du chef de l’Etat qui, à cette date, aura passé 20 années à la tête du pays.
Le Gbêkè, l’autre Abobo du RHDP
Bouaké, capitale de la grande région de Gbêkè, est un bastion du RHDP. Acquise à la cause d’Alassane Ouattara, la ville phare du centre, 2e plus grande ville du pays après Abidjan, est un Adoland (fief d’ADO, diminutif d’Alassane Dramane Ouattara ; NDLR) comme la commune d’Abobo, située au nord du district autonome d’Abidjan.
Il se passe que malheureusement, tout n’est apparemment pas en ordre dans le Gbêkè comme c’est plutôt le cas à Abobo où tout paraît bien maîtrisé.
Dans la commune martyre d’Abidjan, quand les choses semblent échapper au parti au pouvoir, le président Ouattara sort une carte, et non des moindres. Et, le tour est joué.
En 2018 par exemple, il avait sorti la carte Hamed Bakayoko pour les municipales.
En 2025, dans le cadre des législatives du 27 décembre, il a tiré la carte Téné Birahima Ouattara (TBO).
Et, à chaque fois, c’est en plein dans le mil. Le résultat va bien au-delà de la simple satisfaction.
Comment trouver les moyens d’imposer l’accalmie, la cohésion et surtout le ‘’vivre ensemble’’ si cher au parti d’Alassane Ouattara à Bouaké et environs, où une mésentente réelle s’est installée entre les cadres et risquerait de plomber les efforts de développement dans la région ?
Les ministres Amadou Koné, député, maire de Bouaké et coordonnateur RHDP dans la région de Bouaké, Assahoré Konan Jacques, député de Diabo-Languibonou puis président du conseil régional de Gbêkè, par ailleurs coordonnateur principal RHDP de la région de Gbêkè, Sidi Tiémoko Touré, cadre de Béoumi, coordonnateur adjoint RHDP de la région de Gbêkè.
Le torchon brûlerait entre ces trois membres du gouvernement. Les dernières bisbilles remontent à quelques semaines et concernent Jacques Assahoré et Sidi Touré. Ce dernier aurait réclamé la tête du secrétaire départemental RHDP de Béoumi, Jean-Marc Kouassi, par ailleurs maire de la commune et candidat indépendant malheureux aux dernières législatives comme d’ailleurs Sidi Touré qui défendait les couleurs du RHDP.
Un dégommage auquel se serait opposé le ministre Jacques Assahoré. Des prises de bec qui auraient eu pour cadre le siège du RHDP à Cocody rue Lépic, le lundi 2 mars 2026, au cours d’une réunion politique.
A côté de cette opposition, l’on a échos d’une cohabitation devenue très toxique depuis quelques temps, entre Amadou Koné, le maire de Bouaké et Jacques Assahoré, le président du conseil régional de Gbêkè.
Pourtant, outre Bouaké, Béoumi et Diabo, les départements de Brobo, Sakassou, Botro, Bodokro et Djébonoua ont aussi leurs cadres comme Louis Habonouan, Emmanuel Ahoutou pour ne citer que ces deux personnalités, sans compter ceux de Bouaké ville avec Béma Fofana, Touré Souleymane, Dr Paul Dakuyo.
Si tous ces cadres s’en mêlent, que deviendra le RHDP dans le Gbêkè ?
Le Gbêkè n’est pourtant pas la seule région concernée par ces dissensions internes.
La ‘’guerre’’ des frères dans le Tonkpi et le Bafing
En effet, le Tonkpi, avec pour président de région, Abdallah Mabri Toikeusse, n’est pas en reste.
Le ministre conseiller spécial du président de la République est en conflit ouvert avec le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé.
Le feu couvait depuis des années entre les deux frères de région mais avait finalement pu être éteint. Le ministre Vagondo s’ét’it résolu à reconnaître le leadership politique de Mabri et de laisser ce dernier mener ses activités pour le bon fonctionnement du RHDP et le développement de leur région commune.
Contre toute attente, c’est cette attaque frontale du ministre conseiller à Zouan-Hounien qui laisse croire que la hache de guerre est loin enterrée.
« Si vous êtes ministre de l’Intérieur et de la Sécurité et que vous avez des appuis spéciaux que vous donnez aux collectivités, aux régions du pays, sauf celle du Tonkpi, on appelle ça comment, si ce n’est pas de la sorcellerie », a chargé l’ancien ministre de la Santé, puis des Affaires étrangères et enfin de l’Enseignement supérieur, le samedi 21 février 2026, lors d’une journée dédiée à la jeunesse de Zouan-Hounien dont il est le député élu. Plus d’une dizaine de jours après cette sortie fracassante, éclate la polémique autour de ce discours, grâce aux réseaux sociaux.
Non loin du Tonkpi, dans la région du Bafing, les frères Sanogo, le ministre Moussa Sanogo et le conseiller du président de la République, l’ancien ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, Mamadou Sanogo ne manquaient pas de se regarder en chiens de faïence, dans un passé récent. Les choses sont apparemment rentrées dans l’ordre, depuis.
San Pedro et son trio
Dans la région de San Pedro également, des problèmes de personnes ont existé entre les têtes fortes du RHDP.
Bouéka Nabo Clément, Félix Miézan Anoblé et Nakaridja Cissé ne se saluaient presque plus, hier.
D’abord, c’étaient Nabo Clément et Félix Anoblé qui étaient farouchement opposés pour s’être affrontés à plusieurs reprises dans les urnes.
Entre 2016 et 2018, Nabo est battu par Anoblé respectivement aux législatives et aux municipales.
Récemment, c’était au tour d’Anoblé et Nakaridja Cissé de se mesurer à des élections. En 2023, la candidate indépendante avait battu le maire sortant et se hissait à la tête de la commune.
Aujourd’hui, le calme semble revenu puisque d’un côté, Nabo Clément gère le Conseil régional de San Pedro quand de l’autre, Anoblé et Nakaridja, désignés candidats du RHDP pour les législatives de décembre 2025 ont battu campagne ensemble et porté haut le flambeau de leur parti dans la grande cité portuaire.
On le voit, au RHDP, ça grouille. Les places coûtent cher. Les uns tentent de s’imposer quand les autres, se sentant menacés, réagissent au moindre mouvement adverse. C’est le propre de tous les partis politiques.
Les rivalités, les guerres de positionnement, de leadership ou de clans existent partout en politique. Elles s’accentuent surtout au sein des partis quand ceux-ci parviennent à conquérir le pouvoir.
De façon spécifique, bien des régions ivoiriennes sont concernées mais à un moindre niveau.
TBO, dans un rôle de pompier
C’est pourquoi, au RHDP, il est temps de prendre le taureau par les cornes si on veut faire avancer les choses.
Pressenti pour succéder au président Alassane Ouattara en 2030, Téné Birahima Ouattara, récemment nommé vice-Premier ministre du gouvernement ivoirien, a un rôle de pompier à jouer dans l’accalmie de cette situation que traverse le parti au pouvoir.
C’est un secret de polichinelle, TBO comme on l’appelle affectueusement, est pour l’instant, un des sérieux prétendants au sein du RHDP pour le poste de candidat à la présidence de la République en 2030. Etant entendu que la loi fondamentale votée en 2016 permet à Alassane Ouattara que deux mandats (2020-2025 et 2025-2030). En plus, en 2030, à la fin de ses deux mandats, l’homme d’Etat aura 88 ans bien sonnés. L’exercice du pouvoir à cet âge, surtout pour un pays comme la Côte d’Ivoire qui connaît un développement fulgurant, n’est pas chose aisée. En d’autres termes, le président Ouattara pourrait céder le fauteuil en 2030.
Et, pour cela, l’homme doit dès lors veiller au grain.
Très vite, il devrait commencer à recoller les morceaux, à souder les tissus décousus, mais dans la vérité, la sincérité, le respect des différents camps opposés et le respect des objectifs que chacune des composantes du RHDP voudrait atteindre.
Car, comme l’affirme Jean-Marc Yacé, le député-maire de Cocody, dans la dernière phase de tournées de remerciement des militants PDCI de sa commune, « le temps est arrivé parce que 2028 (élections municipales et régionales ; NDLR), c’est maintenant. Restez déterminés, 2030 (prochaine élection présidentielle ; NDLR), c’est maintenant ». Venant d’un haut cadre d’un farouche adversaire politique du RHDP, la réflexion s’impose.
C’est en réussissant à taire toutes ces divisions et ces velléités d’opposition en interne que le RHDP pourra espérer poursuivre sa marche au sommet de l’Etat.
Ouattara Abdoul Karim
Le FPI de Gbagbo a connu sa guerre de clans
Avant 2010, date de l’élection présidentielle qui a vu La Mouvance Présidentielle (LMP) acquise à Laurent Gbagbo perdre le pouvoir face à Alassane Ouattara, le Front populaire ivoirien (FPI ; parti d’origine de Laurent Gbagbo) a vécu ses guerres de leadership.
Bohoun Bouabré et Désiré Tagro à Issia
A Issia, la crise opposait Bohoun Bouabré, alors ministre de l’Economie et des Finances et Désiré Assignini Tagro, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité. Les deux hommes, très influents dans les cercles frontistes, ont mené combat. Chacun voulait s’imposer comme incontournable dans la région du Haut-Sassandra. Laurent Gbagbo en était informé mais faisait semblant de ne rien voir, laissant chacun démontrer sa capacité à faire face à l’adversité. C’était Mamadou Koulibaly, le président de l’Assemblée nationale d’alors qui tentait de jouer les entremetteurs entre les deux ‘’frères ennemis’’. Jusqu’à ce que débutent les préparatifs de l’élection présidentielle. Les querelles intestines ont alors cessé.
Malheureusement, Désiré Tagro décédera pendant la crise postélectorale en 2011 quand Bohoun Bouabré rendra l’âme au-delà des frontières ivoiriennes en Israël, apprend-on, un pays où il s’était exilé après la perte du pouvoir par Laurent Gbagbo.
Lida Kouassi et Boga Doudou à Lakota
Bien avant 2010, entre 2000 et 2002 précisément, au début de la gestion du pouvoir d’Etat par le FPI, Lida Kouassi Moise, alors ministre de la Défense, croisait le fer avec Emile Boga Doudou à Lakota. Deux autres grosses têtes du pouvoir FPI, deux ‘’frères ennemis’’ aussi qui rivalisaient d’ardeur pour s’approprier le leadership dans le Lôh-Djiboua. Moins féroce qu’à Issia, l’adversité entre Lida et Boga ne faisait pas trop parler d’elle. Comme à Issia, Laurent Gbagbo jouait le jeu. Sans s’embarrasser. Puisqu’en visite à Lakota, il n’avait pas hésité à passer la nuit chez Lida Kouassi, ravivant la colère des proches du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, natif de Néko. Avec le décès de ce dernier, aux premières heures de la crise militaro-politique du 19 septembre 2002, la guerre de leadership s’est estompée d’elle-même.
O.A.K

