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Interview/ Yaya Fofana (Président du MFA) : « Notre place est au RHDP, sans ambiguïté »

Le vendredi 13 août 2021, Yaya Fofana a été désigné à l’unanimité des instances dirigeantes pour assurer la présidence du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA), parti membre du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Très critique, le président Yaya Fofana interpelle souvent les dirigeants actuels afin d’œuvrer pour une Côte d’Ivoire […]

Le vendredi 13 août 2021, Yaya Fofana a été désigné à l’unanimité des instances dirigeantes pour assurer la présidence du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA), parti membre du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). Très critique, le président Yaya Fofana interpelle souvent les dirigeants actuels afin d’œuvrer pour une Côte d’Ivoire où règnent l’égalité, la paix et le développement au profit de tous. Il s’exprime donc pour alerter et non pour s’opposer. Bien que son parti soit marginalisé, il affirme sans ambigüité que la place du MFA se trouve au RHDP. Par ailleurs, dans cet entretien, le président Yaya Fofana ne manque pas d’élucider ses rapports avec les présidents Houphouët, Bédié, Gbagbo, Ouattara et Thiam.

Président, comment va le MFA ?

Le MFA va bien parce qu’il a tenu bon. Nous sortons des années de turbulences et de frustrations, mais nous avons refusé de céder au découragement. Notre parti est resté debout, digne, fidèle à ses valeurs et à son histoire. En tant que membre fondateur du RHDP, nous avons choisi de transformer les épreuves en énergie afin de continuer à contribuer, avec sérénité, à la construction d’une Côte d’Ivoire apaisée et démocratique. Dans les moments de doute, nous nous rappelons une chose simple : les partis suivent les modes, mais les convictions traversent le temps.

Quels sont vos rapports avec le RHDP ?

Nos rapports avec le RHDP sont ceux d’un partenaire lucide, constant et profondément engagé. Un partenaire qui rappelle qu’il est un membre fondateur à part entière et non un figurant. Nous avons contribué à la naissance de cette coalition, nous avons pris notre part de risques et de responsabilités. Aujourd’hui encore, nous croyons à un RHDP fort, inclusif et respectueux de toutes ses composantes, car c’est à ce prix qu’il pourra durablement servir la Nation. Être Houphouétiste ne consiste pas à citer Félix Houphouët-Boigny dans les discours. Être Houphouétiste, c’est faire vivre chaque jour le dialogue, l’écoute et la recherche du compromis. Dans toute architecture politique appelée à durer, la solidité ne repose pas uniquement sur l’adhésion, mais sur l’implication réelle et visible de chacun dans la conduite de l’action publique, y compris dans les responsabilités de gouvernance, condition essentielle pour préserver l’équilibre, la loyauté et la confiance. À un certain stade de maturité politique, intégrer pleinement toutes les forces fondatrices dans l’exercice des responsabilités n’est plus une option, mais une nécessité pour consolider durablement l’œuvre collective. Un parti qui se réclame d’Houphouët-Boigny ne porte pas seulement un nom, il porte une exigence historique.

Le MFA a longtemps été marginalisé. La situation a-t-elle évolué ?

Je ne parlerai pas d’amertume, mais de lucidité. Oui, le MFA a été marginalisé et nous l’avons dit avec franchise. Les choses n’ont pas encore suffisamment évolué. Mais cette situation a eu le mérite de révéler une vérité simple : on ne construit pas une grande coalition en minimisant ses fondateurs. Notre responsabilité est de le rappeler calmement mais fermement. Le respect des partenaires n’est pas un détail, c’est une condition de crédibilité politique. L’Histoire retient toujours ceux qui ont eu le courage de dire la vérité à leurs propres alliés.

Pourquoi le MFA peine-t-il à s’imposer ?

Le MFA n’a jamais cherché à s’imposer contre qui que ce soit. Nous avons toujours voulu nous imposer par les idées, par le travail et par la constance. Lorsqu’on est membre fondateur, l’ambition n’est pas de dominer, mais de contribuer pleinement. Cela inclut naturellement la capacité à participer à la conduite des politiques publiques lorsque les équilibres le permettent. Si cela n’a pas toujours été possible, cela tient davantage aux mécanismes internes qu’à notre volonté. C’est précisément pour cela que nous plaidons pour un RHDP plus équilibré, plus ouvert et plus structuré. Un grand parti ne se mesure pas seulement à sa puissance électorale, mais à sa capacité à faire vivre le respect en interne et à mobiliser toutes ses compétences dans l’action gouvernementale.

Le MFA refuse-t-il de disparaître au profit du RHDP ?

Le MFA ne peut pas disparaître parce qu’il est l’un des bâtisseurs du RHDP. On ne demande pas à un pilier de s’effacer pour consolider une maison. Notre combat n’est pas celui d’un sigle, mais celui d’une mission : défendre des valeurs, porter une voix et contribuer à l’enracinement de la démocratie. Rester debout, ce n’est pas se rebeller. C’est assumer sa responsabilité. Disparaître serait plus simple. Tenir debout est plus exigeant, mais c’est la seule attitude digne.

Vos prises de position critiques ne fragilisent-elles pas le RHDP ?

Au contraire. Lorsque je m’exprime, ce n’est pas pour opposer, mais pour alerter. Dire ce qui ne fonctionne pas ne revient pas à affaiblir une organisation. Cela contribue à son amélioration. La critique constructive est une exigence de gouvernance, pas une posture d’opposition. Les démocraties solides ne reposent pas sur le silence, mais sur la parole responsable. Elles se renforcent par le courage de leurs propres enfants.

Pourquoi insistez-vous autant sur la paix ?

Parce que notre pays porte encore des cicatrices. La paix n’est pas un slogan. C’est un effort quotidien et une discipline collective. En tant que responsable politique, je refuse d’ajouter de la division à la division. Le MFA veut être une passerelle, à l’intérieur du RHDP comme dans la Nation. Nous voulons rapprocher, écouter et rassembler. La vraie victoire politique ne se mesure pas au nombre de sièges, mais au nombre de fractures que l’on parvient à réduire.

Yaya Fofana, pour une transformation de la Côte d’Ivoire, dans la vérité et le respect mutuel. Ph. DR

Le MFA a-t-il encore sa place au sein du RHDP ?

Oui, sans ambiguïté. Notre place est légitime. Elle repose sur notre histoire, notre engagement et notre contribution à la construction du RHDP. Ce que nous demandons n’est pas une faveur, mais la reconnaissance d’une réalité politique. Un parti qui ne respecte pas ses fondateurs finit toujours par perdre le respect de ses électeurs.

Que propose le MFA pour renforcer l’unité ?

Nous proposons de remettre trois piliers au centre : le dialogue, le respect et l’inclusion. Cela vaut pour le RHDP comme pour la vie nationale. Une démocratie solide est une démocratie où l’on peut se contredire sans se détruire. Nous voulons un RHDP exemplaire, capable d’incarner cette culture du débat apaisé. La Côte d’Ivoire sortira définitivement de la crise le jour où la contradiction ne sera plus perçue comme une menace.

Quelle solution pour une sortie définitive de crise ?

La sortie de crise demande du courage et de la hauteur. Tant que des leaders politiques sont en exil, tant que certaines situations restent en suspens, la réconciliation ne peut être complète. Il faut aborder ces réalités avec responsabilité, dans le respect des institutions, mais aussi avec un esprit d’ouverture. Le MFA est prêt à contribuer à toute démarche sérieuse allant dans le sens de l’apaisement. Un pays avance réellement lorsqu’il accepte de regarder tous ses enfants, y compris ceux qui sont absents.

D’Houphouët à Bédié, Gbagbo et Ouattara, quels ont été vos rapports avec ces différents chefs d’État et aussi avec le président Tidjane Thiam ?

Mes rapports avec ces grandes figures s’inscrivent dans le respect, l’apprentissage et la compréhension de l’État. Chacun a contribué à écrire une page essentielle de notre histoire. Houphouët nous a légué la culture de la paix et du dialogue. Bédié a rappelé l’exigence de continuité et de stabilité institutionnelle. Gbagbo a exprimé les aspirations profondes d’une partie du peuple à être entendue autrement. Ouattara a reconstruit, structuré et repositionné la Côte d’Ivoire sur des bases solides. Mais au-delà des hommes, il y a une exigence plus grande. Celle de préparer l’avenir. On ne dirige pas un pays uniquement avec des références au passé. On le dirige avec une vision, une méthode et une capacité à rassembler. C’est dans cette continuité que je m’inscris. Mon parcours, entre administration publique et entrepreneuriat, m’a permis de comprendre à la fois les exigences de l’État et les réalités du terrain. Je ne suis pas dans la rupture. Je suis dans la continuité intelligente. La Côte d’Ivoire arrive à un moment décisif de son histoire. Celui de la transmission. Elle doit être apaisée, maîtrisée et responsable. Il ne s’agit pas de remplacer, mais de prolonger. Il ne s’agit pas d’opposer, mais de consolider.

Un message à adresser ?

Je m’adresse d’abord à nos militants. Restez fiers, restez debout. Le MFA n’a pas renoncé. Je m’adresse aussi à nos partenaires. Un RHDP fort est un RHDP qui respecte toutes ses composantes. Enfin, je m’adresse à tous les Ivoiriens. Nous avons une responsabilité historique, transformer nos différences en richesse. Construire une Nation forte, c’est savoir reconnaître le moment où chaque énergie utile doit trouver pleinement sa place dans l’action collective, y compris dans les responsabilités publiques, afin que l’effort commun reflète la diversité de ceux qui l’ont rendu possible. Les grandes décisions d’équilibre sont souvent celles qui marquent les tournants silencieux mais décisifs de l’Histoire. L’Histoire n’appartiendra ni aux plus puissants, ni aux plus bruyants, mais à ceux qui auront choisi, dans les moments décisifs, le camp de la paix et de la dignité.

Source : L’HERITAGE

 

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