La campagne 2026 de commercialisation de la noix de cajou a officiellement été lancée le vendredi 6 février 2026 à Yamoussoukro par le ministre de l’Agriculture, du développement rural et de la production vivrière, Bruno Nabagné Koné. Le prix de 400 F CFA le kilogramme de noix de cajou fixé par le gouvernement est diversement apprécié par les producteurs et acheteurs.
De 275 F CFA le kilogramme en 2024, le prix bord champ de la noix de cajou est monté l’année dernière (2025) à 425 pour légèrement baisser à 400 F CFA en 2026. Cette légère baisse est interprétée à sa manière par chacun des acteurs du secteur. Producteurs et acheteurs ont, en effet, des avis partagés sur la question.
Contacté le samedi 7 février 2026 par labonneinfoci.com, Traoré M., habitant de Massala, dans le département de Séguéla ne passe pas par le dos de la cuillère pour afficher son amertume vis-à-vis du gouvernement qui a fixé le prix du kilogramme de la noix de cajou à 400 F CFA. « Tout Massala est triste depuis hier (vendredi 6 février 2026 ; NDLR) à tel point que certains dont moi n’ont pu manger », avoue ce grand producteur d’anacarde qui estime l’augmentation attendue n’est pas venue, au grand dam des producteurs. Et, M. Traoré, de poursuivre : « je suis tellement sonné que personnellement, je ne suis pas allé au champ aujourd’hui ». Cet homme qui produit des tonnes d’anacarde affirme même que pour cette campagne 2026, leurs productions risquent de leur rester entre les mains, si les acheteurs refusent de les acheter à plus de 400 F CFA le kilogramme. « Nous, à notre niveau ici, avions pensé plutôt que le gouvernement fixerait le prix du kilogramme à 800 F CFA. Mais, à 400, ça nous a vraiment mis mal à l’aise », s’est indigné notre interlocuteur pour qui, le possible réajustement annoncé pour fin avril par le ministre n’a pas de sens puisqu’à cette date, les produits seront tous vendus.
Coulibaly N’golo, cet autre producteur du département de M’bengué, dans la région du Poro, embouche la même trompette que Traoré de Massala. « Nous avions pensé que l’Etat passerait de 425 à 500 cette année comme il l’a fait avec le cacao », se dit déçu, ce paysan pour qui, avec les 400 F CFA le kilogramme de cajou, les producteurs n’ont aucun intérêt au regard de la cherté de la vie. Ce qui, à l’en croire, l’inquiète encore plus, c’est surtout l’attitude de certains acheteurs qui viendront leur proposer moins que 400 F, c’est-à-dire 350 F voire 300 F le kilogramme. « Comme l’Etat a fixé son prix, nous savons ce que nous ferons », s’est replié Coulibaly N’golo sans ajouter un seul mot.
A chacun son jugement
Même son de cloche chez Bazoumana Koné de Zanasso 1 dans la sous-préfecture de Gbon. Selon lui, dans cette région de la Bagoué avec comme chef-lieu, Boundiali, les producteurs ne sont pas du tout contents de ce prix bord champ de 400 F CFA/kg. « Voyez-vous, l’année dernière, nous étions à 425 F mais nous avons perdu. Moi particulièrement, je m’étais essayé à l’achat. Malheureusement, j’ai acheté les produits à 425 F le kilogramme. Par la suite, l’achat s’est arrêté. Finalement, je n’ai eu des preneurs qu’à 300 F CFA et j’ai perdu », raconte cet infortuné.
Coulibaly Lassina ne dit pas autre chose. Bien que résigné, il ne cache tout de même pas sa colère, mais essaie de relativiser. « Nous sommes obligés de l’accepter mais il faut avouer que nous n’en sommes pas satisfaits. Il est vrai que nous ne sommes pas contents mais si le prix est respecté sur le terrain, nous serons quelque peu ravis. Parce qu’en général, dans les premières semaines qui suivent le lancement de la campagne, le prix fixé est respecté. Du moins, les acheteurs font semblant de le respecter. Puis, après ces quelques semaines, le prix baisse. Pour nous, même si le prix est fixé à 1000 F CFA le kilo, que nous ne parvenons pas écouler nos stocks, en quoi cela nous est profitable ? », dédramatise ce producteur de Séguéla, dans la région du Worodougou.
Voix contraire aux interventions précédentes, celle de Soro Bêh. Ce producteur et responsable de coopérative d’achat à Kani, également dans la région du Worodougou, trouve que le prix de 400 F CFA « n’est pas mal » et qu’il « est prenable ». Toutefois, M. Soro relève une inquiétude. « C’est la fluctuation du dollar que je crains. S’il reste en l’état, ce sera bon pour nous tous, producteurs et coopératives. Mais, s’il baisse, sur le marché international, les prix baisseront également et nous en pâtirons », a relevé ce dernier pour qui, avec le dollar, rien n’est stable tout le temps.
Sylla Sanoussy, lui, est PCA de la coopérative Djinkawili, entendez en langue malinké, levons-nous ensemble. Pour ce responsable de coopérative initialement basée à Bouaké puis délocalisée à Yamoussoukro, les acheteurs n’ont aucun problème avec les prix fixés de façon générale. « Ce sont les producteurs qui créent problème. Quand on leur demande de bien sécher et trier les noix de cajou, ils ne le font pas. Pourtant, quand nous leur achetons leurs produits, nous sommes obligés de recruter des hommes pour sécher l’anacarde humide acheté avec eux, faire appel à des femmes qui viennent faire le tri avant de les mettre dans des sacs. Tout cela nous occasionne des dépenses. Ce manque à gagner, nous les trouvons où ? C’est pourquoi, quand nos acheteurs arrivent vers eux et constatent l’humidité de leurs produits, les paysans eux-mêmes n’hésitent pas à faire des propositions qui vont en deçà du prix fixé pour que l’acheteur et nous également puissions rentabiliser », a clarifié M. Sylla.
Ouattara Abdoul Karim

