On les croyait revanchards. Pourtant, Gbagbo et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (Ppa-CI), tournant le dos aux législatives du 27 décembre 2025, refusent de marquer les esprits en démontrant à la face du monde qu’on peut encore compter sur eux. Pourvu que l’ancien président de la République n’éprouve pas demain des regrets comme Alassane Ouattara hier, quand son parti était dans l’opposition.
La politique de la chaise vide n’a jamais payé. L’exemple du Rassemblement des Républicains (Rdr) d’Alassane Ouattara – du temps où celui-ci était dans l’opposition – est palpable et instructif. En 2000, lorsque la candidature à la présidentielle d’octobre du mentor du Rdr est rejetée sous le régime militaire puis refusée une fois de plus sous les refondateurs en décembre 2000 pour les législatives, le parti décide de se retirer en bloc de ces joutes électorales pour lui exprimer son soutien. Seuls, une demi-dizaine issus du Rdr décident d’aller en indépendants et parviennent à prendre place au Parlement. Ainsi, un groupe d’indépendants issus de partis politiques ou non se forme pour servir de contre-poids aux députés du camp présidentiel plus tard connu sous le nom de La Majorité Présidentielle (LMP). C’est ce groupe d’indépendants au nombre d’une trentaine qui opposait une farouche résistance à leurs homologues du pouvoir, les faisant parfois reculer face à des sujets d’intérêt commun.
A l’issue des municipales de mars 2001 que le Rdr remporte largement, le regret est plus grand au point d’amener Alassane Ouattara lui-même à avouer publiquement une « erreur » commise par son parti. Avec 64 communes contre 59 pour le Pdci et 33 pour le Fpi au pouvoir, le Rdr avait là, l’occasion de démontrer sa force de frappe, preuve selon le parti centriste que si les candidatures de son mentor n’avaient pas été rejetées à l’élection présidentielle d’octobre 2000 et aux législatives de décembre 2000, il aurait tout raflé.
Cette leçon du Rdr aurait pu donner à réfléchir au Ppa-CI qui, malgré le rejet de la candidature de Laurent Gbagbo à la présidentielle du 25 octobre dernier, avait l’occasion de rebondir aux législatives du 27 décembre. Car, si l’on s’en tient aux résultats des législatives de 2021, des responsables du Ppa-CI et non des moindres, rentrés d’exil, avaient fait mordre la poussière au Rhdp, le parti au pouvoir dans des zones qui leur sont plus ou moins favorables. Il s’agit entre autres de Hubert Oulaye et d’Emile Guiriéoulou dans la région du Cavally puis de Michel Gbagbo à Yopougon.
Refuser d’aller à ces législatives relève tout simplement d’un mauvais calcul politique de la part de Laurent Gbagbo et de la direction de son parti. La preuve, une vingtaine de candidatures indépendantes issue de leurs rangs vient démontrer que la décision du chef n’est pas forcément la bonne.
Abdoul Karim Ouattara

