De l’ambassade de Côte d’Ivoire au Ghana en passant par la direction du cabinet du président du PPA-CI, l’ancien footballeur s’est toujours tenu loin des projecteurs. Ce qui ne l’a pas empêché d’acquérir une grande influence.
« Je ne suis pas un homme politique au sens où on l’entend [généralement]. Cela n’a rien de péjoratif [dans ma bouche], mais je ne suis pas un politicien de carrière. » Au sein du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), le directeur de cabinet de Laurent Gbagbo passe souvent pour énigmatique. Bien que très proche du « patron », Emmanuel Auguste Ackah n’a jamais affiché une ambition dévorante, et préfère insister sur la singularité de sa trajectoire.
Né à Treichville, quartier populaire d’Abidjan, où il grandit au sein d’une fratrie de sept dans la concession familiale de Belleville, Ackah côtoie très tôt des célébrités sportives. À l’école régionale Raquain, il est en classe de CM1 avec le futur footballeur Laurent Pokou ; lors de son premier cycle du secondaire, il a pour camarade Emmanuel Moh, future gloire de l’Africa Sports. Footballeur lui-même – il est passé brièvement par l’Africa Sports – Ackah choisit la raison : « À l’époque, le football ce n’était pas les milliards d’aujourd’hui. J’ai privilégié les études. »
Émissaire de Laurent Gbagbo
Diplômé de l’Institut universitaire de technologie (IUT), il travaille à la Société générale Côte d’Ivoire (SGBCI), chez Nestlé, puis dans le négoce du café et du cacao. Au tournant des années 1980, il rencontre Laurent Gbagbo. Lui aussi passionné de ballon rond, ce dernier enseigne l’histoire au lycée classique d’Abidjan ; ses cours s’éloignent de la doxa du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), alors parti unique. Fasciné par ce frondeur qui « marche à contre-courant », Ackah participe aux mouvements de soutien à l’opposant inquiété par le pouvoir. « Gbagbo éveille, suscite et encourage un esprit un peu contestataire », analyse-t-il.
Lorsque le multipartisme est instauré, en 1990, Laurent Gbagbo invite Ackah à adhérer au Front populaire ivoirien (FPI). L’intéressé décline poliment : il préfère préserver son indépendance. C’est pourtant à cet homme sans étiquette politique que le chef va confier ses missions officieuses les plus délicates. Grâce aux liens qu’il a noués à partir de 1979 avec le général nigérian Chukwuemeka Odumegwu Ojukwu – leader emblématique de la sécession du Biafra, alors en exil en Côte d’Ivoire –, Ackah se constitue un beau carnet d’adresses dans la sous-région. Ojukwu l’introduit notamment auprès des élites ghanéennes, ce qui lui permettra de sceller des amitiés durables avec l’opposition, alors dirigée par John Atta Mills.
Cette maîtrise des rouages diplomatiques lui sera très utile lors de la présidentielle d’octobre 1990, qui oppose Laurent Gbagbo à Félix Houphouët-Boigny : aux côtés de Mamadou Ben Soumahoro, dont il est proche, Ackah participe à la production des messages de campagne de son champion sur les ondes de la RTI, lors du temps d’antenne accordé aux candidats.
Ambassadeur à Accra
Le 7 mai 2009, neuf ans après l’accession de Gbagbo au pouvoir et alors que la Côte d’Ivoire s’entre-déchire, il est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au Ghana. Bernard Ehui Koutouan lui succède en 2011, quand Alassane Ouattara accède au pouvoir.
Pourtant, Emmanuel Ackah ne regagne pas immédiatement Abidjan : Jeannot Ahoussou-Kouadio, le Premier ministre, lui téléphone pour s’en étonner. À la demande de John Atta Mills, devenu président du Ghana, le diplomate prolonge sa mission pour organiser l’accueil et gérer l’afflux massif des réfugiés ivoiriens qui fuient la crise postélectorale. En 2012, il finit par rentrer au pays.
Resté longtemps dans l’ombre, cet ancien footballeur qui refusait toute étiquette partisane a progressivement gravi les échelons du PPA-CI. Nommé directeur de cabinet de Laurent Gbagbo en juillet 2021, il devient membre du conseil stratégique et politique du PPA-CI. Il est l’un des maîtres d’œuvre de la Fête de la renaissance à partir de 2023 et mobilise les militants dans le cadre de l’opération Côcôcô, à Abidjan, au début de 2025.
Il assure ensuite la coordination de l’Initiative pour la libération des prisonniers d’opinion. Après avoir présidé le premier congrès ordinaire du parti et supervisé les assises des ligues des jeunes et des femmes, il est nommé troisième vice-président du PPA-CI, chargé de l’animation politique et des relations avec les institutions nationales.