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Cacao : la Côte d’Ivoire lance une saison test

Nouveau calendrier, tensions liées aux invendus, spéculation, contrebande… Abidjan lance la campagne de commercialisation de ses fèves de cacao dans un contexte tendu. Et les défis pour consolider la filière demeurent nombreux. Une campagne cacao de plus, mais selon un calendrier inédit. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial d’or brun, lance pour la première fois […]

Nouveau calendrier, tensions liées aux invendus, spéculation, contrebande… Abidjan lance la campagne de commercialisation de ses fèves de cacao dans un contexte tendu. Et les défis pour consolider la filière demeurent nombreux.

Une campagne cacao de plus, mais selon un calendrier inédit. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial d’or brun, lance pour la première fois la campagne de commercialisation de sa récolte ce 1er septembre. Historiquement, le démarrage intervenait un mois plus tard, le 1er octobre, avec l’annonce du prix d’achat bord champ du kilogramme de cacao, indicateur clé pour les producteurs et la filière.

Mais, les difficultés de la campagne passée ainsi que la nécessité de renforcer l’alliance avec le voisin ghanéen, deuxième producteur mondial, ont conduit Abidjan à modifier le calendrier. Une nouvelle donne à laquelle doivent s’adapter à la fois le Conseil Café Cacao (CCC), régulateur et gendarme de la filière, et les exportateurs, dont Cargill, Barry Callebaut et Olam.

Redécoupage de la saison

En début d’année, le secteur a été traversé par une crise en raison de stocks de fèves invendus, ce qui a alimenté des tensions entre le CCC et les paysans. En réaction, la présidence ivoirienne, dirigée par Alassane Ouattara, reconduit pour un quatrième mandat en octobre 2025, avait décidé d’anticiper la fin de la campagne principale à fin février au lieu de fin mars. Cette décision, qui se double maintenant de l’avancée du démarrage de la campagne, acte un redécoupage de la saison de l’or brun.

« Cela correspond aussi à une volonté d’harmonisation du calendrier de la saison avec le Ghana avec lequel nous formons une alliance », insiste un ministre ivoirien. Depuis 2018, la Côte d’Ivoire et le Ghana ont constitué une association, baptisée Opep du cacao, afin de peser davantage sur le marché mondial et en particulier sur la rémunération des petits producteurs. Les calendriers de récolte et de commercialisation, jusqu’ici pas parfaitement alignés, pouvaient être sources de tensions entre les deux partenaires mais aussi alimenter la contrebande de fèves.

La consolidation de l’alliance entre Abidjan et Accra demeure l’un des défis de la campagne qui s’ouvre alors que le Ghana est en train de mener des réformes via une nouvelle loi encadrant le secteur mais aussi la modification de son système de financement.

Risque d’excédent

Et ce n’est pas le seul. Pour atténuer la crise liée aux stocks de fèves, le CCC a mis en place un programme de rachat de l’or brun, assurant avoir dépensé 280 milliards de francs CFA (environ 427 millions d’euros), issus de ses fonds de réserve, pour acheter 100 000 tonnes de cacao provenant de la campagne principale qui s’est achevée le 28 février. Le 5 août, le CCC a annoncé la fin officielle du processus de rachat.

Pourtant, la crise n’est pas résolue, selon les producteurs, ces derniers contestant les statistiques et les chiffres fournis par le régulateur. Les représentants du monde syndical paysan du cacao estiment, en effet, qu’il y a encore 200 000 tonnes entre les mains des paysans, un volume qui viendra s’ajouter à la prochaine récolte, créant ainsi un risque d’excédent. 

« La campagne commence avec un problème, celui des invendus que le CCC refuse de reconnaître. Et ce n’est pas bon signe, surtout pour une saison test en septembre », a déclaré à Jeune Afrique Moussa Koné, le président du Syndicat national agricole pour le progrès (Synapci).

« Nous avons été autorisés par le gouvernement à racheter, à l’ancien prix de 2 800 francs CFA le kilogramme, environ 100 000 tonnes recensées depuis janvier. Nous nous en tenons à cela », avance une source à la direction du CCC. L’une des difficultés tient au prix d’achat du cacao. Fixé à 2 800 francs CFA le kilo à l’ouverture de la campagne de commercialisation en octobre 2025 – juste après une période de forte hausse des cours mais aussi juste avant le scrutin présidentiel –, il a ensuite été baissé à 1 200 francs CFA, le tarif pratiqué ces derniers mois durant la campagne intermédiaire 2025-2026.

Spéculation et contrebande

Pour la campagne qui s’ouvre ce jour, les autorités ont annoncé un prix de 1 200 francs CFA, reflet à la fois du niveau des cours mondiaux, en hausse depuis début mars et autour de 4 700 livres la tonne en ce début septembre, mais aussi des enjeux politico-économiques de la filière et notamment de l’équilibre financier du CCC. Ces derniers mois, il a prévendu une partie de la récolte via des contrats à terme conclus alors que le cours de l’or brun oscillait entre 2 000 et 2 200 livres la tonne − l’équivalent de 1 750 francs CFA le kilo − quand les ventes spot menées actuellement se font à plus de 4 000 livres la tonne, soit l’équivalent de 1 900 francs CFA le kilo.

Pour les opérateurs du secteur, les deux principales craintes concernent le retour de la spéculation et une résurgence de la contrebande vers les pays limitrophes. La campagne 2025-2026 doit s’achever avec une récolte record de plus de 2,2 millions de tonnes, contre 1,9 million la saison précédente, dans un contexte international où la relance de la consommation dans les pays occidentaux, premier marché où l’on achète du chocolat, reste très mesurée.

Sur le plan des exportateurs, Cargill est resté numéro un, avec environ 290 000 tonnes traitées, devant Barry Callebaut (plus de 185 000 tonnes) et Olam, avec plus de 160 000 tonnes. Transcao, la filiale dédiée au négoce du CCC, a profité du rachat des stocks invendus des paysans pour se faire une place dans le top 5 avec 120 000 tonnes.

Source : Jeune Afrique

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