Dimanche, 178 sièges du Sénat ont été renouvelés. D’après les premières estimations, les principaux équilibres restent conservés, avec les élections surprise de 14 à 15 sénateurs RN.
Ce dimanche s’est tenu le scrutin sénatorial, qui a renouvelé 178 sièges de sénateurs sur 348, dans 64 circonscriptions. Pour ce dernier rendez-vous électoral avant la présidentielle, les grands équilibres demeurent inchangés, avec un bloc de droite et de centre droit toujours majoritaire. Fait marquant néanmoins : l’entrée fracassante du groupe Rassemblement national au Sénat. À ce stade, la configuration des groupes demeure une projection : ceux-ci disposent jusqu’au 5 octobre pour déposer la liste de leurs membres, et des jeux de bascule à la marge restent possibles. L’Opinion dresse le bilan des premiers enseignements de ce vote.
La percée historique du RN
Pour la première fois de son histoire, le Rassemblement national, épaulé par son fidèle allié, l’UDR d’Éric Ciotti, constituera un groupe au Sénat, fort d’au moins 14 parlementaires, voire 15 selon certaines projections.
« C’est une victoire historique et une étape majeure qui est franchie avec la constitution pour la première fois d’un groupe au Sénat. Les résultats vont au-delà de ce que nous pouvions espérer, la percée est générale, confirmant l’accélération de l’implantation du Rassemblement national sur tout le territoire », a déclaré Marine Le Pen sur X (ex-Twitter). Pour le président du RN, Jordan Bardella, ces résultats « marquent une étape dans l’enracinement du RN » : « La constitution d’un groupe Rassemblement National au Sénat confirme la dynamique de notre mouvement à l’approche de la mère des batailles : l’élection présidentielle », a-t-il déclaré sur X (ex-Twitter).
« Il y aura un nouveau groupe, ce sera le neuvième, UDR-RN, conséquence des élections municipales. J’en prends acte », a réagi le président du Sénat, Gérard Larcher.
L’entrée de LFI à gauche
Le groupe des socialistes (moins un siège), celui des écologistes (moins deux sièges) et celui des communistes (stable) conservent une assise solide pour la prochaine mandature, avec respectivement 63, 14 et 18 sièges. Ils peuvent en outre compter sur l’arrivée d’au moins un sénateur insoumis : Gabriel Amard, député insoumis du Rhône et gendre de Jean-Luc Mélenchon.
« Dans tous les départements, LFI fait des scores bien plus larges que son nombre de grands électeurs. Dans le Rhône, Gabriel Amard nous fait entrer au Sénat, en dépit de toutes les tentatives de barrage. Heureux augure pour 2027 ! », a réagi Jean-Luc Mélenchon sur X.
LFI revendique également la victoire de Marc Péré, élu grâce à une coalition LFI et Écologistes. « Il rejoint Gabriel Amard, élu dans le Rhône, au sein de l’intergroupe de la France insoumise aux côtés de nos députés, maires et députés européens », selon Manuel Bompard. Mais le parti des Écologistes a lui aussi revendiqué cette victoire : « Un nouveau sénateur rejoint le groupe écologiste au Sénat ! Bravo et bienvenue à Marc Péré, élu en Haute-Garonne sur une liste d’union de la gauche, et soutenu par les Écologistes. Cette victoire est une leçon : l’union est nécessaire pour faire gagner nos idées », ont communiqué les Écologistes.
Reste à savoir si ces deux élus rejoindront un groupe, et lequel. Yannick Jadot, sénateur écologiste, récemment suspendu de son parti pour son soutien à Raphaël Glucksmann, a annoncé qu’il refusait d’intégrer des élus membres de LFI au groupe écologiste : « Si on a des élus qui se revendiquent de la France Insoumise, ils n’ont pas leur place au groupe écologiste. »
Les Républicains, toujours premier groupe
Selon un décompte de Public Sénat, le groupe des Républicains conserverait, pour cette mandature, 125 sièges, contre 131 auparavant : une légère perte pour le parti de Bruno Retailleau, lui-même réélu, qui conserve néanmoins son rang de groupe le plus puissant de la chambre haute du Parlement.
« La majorité sénatoriale demeure largement la première force politique du Sénat », s’est félicité le président LR du Sénat, Gérard Larcher, lors d’une conférence de presse. « Je souhaite que le Sénat reste cette assemblée du débat apaisé, de la raison et de la réflexion. Une assemblée de la responsabilité, indépendante, où se fait la loi et où l’action du gouvernement est contrôlée », a souligné le sénateur LR des Yvelines, qui devrait, sauf surprise, être réélu à son poste ce jeudi.
De son côté, Jordan Bardella a lancé un appel aux élus LR : « Alors que Bruno Retailleau finira par se désister pour Édouard Philippe, nous voulons tendre la main aux patriotes sincères de LR pour les appeler à travailler à nos côtés. Le RN est aujourd’hui une force d’ouverture et de rassemblement. » Le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, s’est défendu de toute alliance avec le RN : « Nous, on est très clairs, il n’y a pas de porosité, on l’a clairement affiché, que ce soit avec notre candidat à l’élection présidentielle, Bruno Retailleau, ou sous ma présidence au Sénat. »
Un bloc central stable
Les trois groupes du centre et du centre droit demeurent relativement stables. Le groupe Union centriste, présidé par Hervé Marseille, perd deux sièges, avec 57 sièges contre 59 lors de la précédente législature. Sur le plateau de Public Sénat, Hervé Marseille a estimé que le Sénat continuerait de jouer son rôle de « stabilisation des institutions », même si « des élus extrémistes vont arriver ». « On s’en accommodera. Je crains que l’ambiance n’évolue. Mais on n’est pas débordé au niveau du chiffre », a-t-il ajouté.
Le groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), qui regroupe les sénateurs Renaissance, perdrait lui aussi deux sièges, passant de 19 à 17. Le groupe Les Indépendants – République et territoires (LIRT), affilié à Horizons, gagnerait un siège, portant son effectif à 21 élus, tandis que le groupe de centre gauche Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) perdrait trois sièges, avec 14 sièges contre 17 précédemment.
La composition du Sénat reste donc relativement stable. « Le Sénat continuera d’assurer ses missions constitutionnelles et doit plus que jamais demeurer un acteur majeur de la vie politique française, un contre-pouvoir indispensable en démocratie », a conclu Gérard Larcher dans une prise de parole.
Source : L’Opinion.fr
