Les dangers de la cigarette ont beau être expliqués depuis toujours aux consommateurs, sans grande satisfaction, une nouvelle trouvaille est en passe de faire prendre conscience aux fumeurs. Peut-être la bonne, cette fois …
Les campagnes de sensibilisation se sont multipliées depuis des décennies pour décourager les consommateurs de cigarettes. Sans grand succès.
Les morts se sont enchaînées au fil des années. Mais, rien n’y fit.
Plus tard, un message écrit sur les paquets de cigarettes en a rajouté à la sensibilisation. « Abus dangereux pour la santé ». Là encore, les consommateurs n’en ont eu cure.
Si, en dépit du ravage que la cigarette fait dans la société, la prévalence globale du tabagisme chez les jeunes a reculé, passant de 14,7% en 2009 à 4,5% en 2023, l’organisation mondiale de la santé (OMS) reste vigilante même si elle salue les progrès réalisés.
Dans sa lutte contre le tabagisme, la Côte d’Ivoire a en effet voulu franchir une nouvelle étape.
Depuis le 1er août 2026, l’Etat a décidé que tous les produits du tabac et ceux contenant de la nicotine soient vendus dans un conditionnement neutre, sans logos ni éléments graphiques attractifs.
Cette mesure ayant pour objectif de réduire l’attrait de la cigarette chez les jeunes.
Ainsi, un nouvel emballage est depuis deux mois sur le marché pour essayer de décourager et détourner les fumeurs du danger qui menace leur santé. « Fumer cause le cancer de la bouche » ou encore « Fumer rend pauvre » sont désormais des messages de sensibilisation inscrits sur les fourreaux mais également des images d’une bouche et d’un cœur endommagés sans compter le prix de la cigarette qui a connu une augmentation.
Une façon pour l’Etat de faire reculer le tabagisme en agissant sur la conscience des fumeurs.
Après deux mois d’expérimentation, les résultats sont encourageants même s’il faudra de la patience pour voir les choses évoluer positivement.

Lors d’un voyage entre les villes de Bouaké et de Katiola, nous rencontrons un jeune homme, la quarantaine révolue, avec une cigarette à la bouche, juste au corridor nord. Quand nous lui demandons s’il n’a pas peur que sa bouche et ses organes vitaux soient endommagés comme le présentent les images sur le fourreau qu’il tenait en main.
« Bon, on sait tous ce que la cigarette cause comme dégâts à notre corps mais pour être franc avec vous, c’est difficile de mettre fin à sa consommation », répond Khalil C., fonctionnaire de son état, pour qui, le temps agira très certainement sur ce comportement.
Entre indifférence et prise de conscience
A Touro, dans un village de la commune de Katiola, Kinaya T., un jeune cultivateur qui vient acheter de la cigarette chez un vendeur assis devant sa table est interpelé par une question posée à dessein. « Qu’est-ce que ça vous apporte même, ces cigarettes ? », interrogeons-nous. Sa réponse est directe mais à la fois drôle.
« A dire vrai, rien. Mais je ne peux pas expliquer ce qui me retient jusque-là à la cigarette », tente de se défendre le jeune Touré.
« Mais, arrête alors … », tente de le convaincre le vendeur.
« C’est là la difficulté. Puisque j’ai essayé à plusieurs reprises de stopper mais je n’ai pas pu. Vous savez, notre travail qui consiste à produire du charbon de bois n’est pas chose aisée. On se retrouve souvent à minuit ou une heure du matin en train de surveiller un four à charbon. Il nous faut ces trucs comme la cigarette et le café noir qui vont d’ailleurs ensemble, pour pouvoir tenir », se défend Kinaya T.
Malgré les images sur l’emballage tendant à les décourager, notre interlocuteur reconnaît la dangerosité de la fumée et des excitants sur les organes mais pense pouvoir s’arrêter un jour avant qu’il ne soit trop tard.
A Bouaké, Fulbert B., fait remarquer que contrairement au prix de la cigarette qui a augmenté, ce sont plutôt les images qui lui donnent plus à réfléchir.
« Souvent, il m’arrive de me demander si ce que je vois sur ces images ne seront pas une réalité pour moi dans les jours, semaines ou mois à venir », avoue ce travailleur d’une entreprise spécialisée dans l’achat de la noix de cajou. Et d’ajouter.
« Quand je regarde ces images et que je vois mes enfants passer et repasser devant moi, je me dis que ce n’est pas à moi que je fais du mal mais plutôt à ces enfants-là qui pourraient devenir des orphelins un jour, si je n’arrête pas. Depuis quelques mois, si je n’ai pas totalement arrêté, je ne consomme plus le paquet par jour puisque je suis en train de faire des efforts pour mettre fin à ce que je peux sincèrement qualifier de suicide ».
Comme lui, Bamba S. travaille à la gare routière de Bouaké. Déscolarisé depuis de longues années, il sait tout de même lire et écrire. Pour lui, la consommation de la cigarette est devenue une habitude qu’il sera difficile d’estomper. Mais, l’homme croit fermement avoir la volonté d’arrêter de fumer.
« Je suis le seul garçon de ma mère. Quand les nouveaux fourreaux de cigarette sont arrivés et lorsque j’ai vu les images qui étaient dessus, ça m’a vraiment fait réfléchir. Je me suis dit que si je me laisse attaquer par de telles maladies et que je n’arrive plus à faire quelque chose de moi-même, comment ma maman fera ? Qui me transportera à l’hôpital ? Qui sera à côté de moi là-bas ? Toutes ces questions me donnent à réfléchir et me font prendre conscience », argumente Bamba.
On le voit, les autorités ont choisi de faire peur aux consommateurs par des messages forts et des images effrayantes plutôt que l’embellissement, l’attrait ou la séduction qui avaient pignon sur rue jusqu’au 1er août 2026.
Ouattara Abdoul Karim
