Les propositions arrivent. L’opposition se concerte. Le pouvoir affiche sa volonté de réformer. Pourtant, le nouvel organe électoral reste à construire. À mesure que septembre 2028 se rapproche, une question devient difficile à esquiver. Qu’est-ce qui bloque réellement ?
Plusieurs composantes de l’opposition ont désormais formulé leurs propositions. Des formations de gauche, dont celle de Simone Ehivet Gbagbo, travaillent à une approche commune, même si le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo traîne encore les pas. Le PDCI avance également ses positions. D’autres acteurs avaient déjà présenté leurs pistes.
L’argument consistant à attendre les propositions de l’opposition perd donc progressivement de sa force. Une fois les contributions déposées, que fera-t-on ?
LA CONCERTATION NE PEUT PAS DEVENIR DE L’ATTENTISME
Personne ne peut reprocher au gouvernement de rechercher le consensus sur une matière aussi sensible. Une réforme électorale exige dialogue et compromis. Mais la concertation ne peut devenir un interminable sas politique.
Les dernières élections municipales et régionales se sont tenues en septembre 2023. Si le cycle est maintenu, septembre 2028 constitue le prochain grand rendez-vous local.
Deux années peuvent sembler suffisantes. Elles le sont beaucoup moins lorsqu’il faut concevoir un nouvel organe, définir sa composition et ses compétences, parvenir à un accord politique, adopter les textes nécessaires, installer l’institution et ses démembrements, puis la rendre pleinement opérationnelle.
Il ne s’agit donc pas simplement de changer une appellation. Il faut construire une nouvelle architecture électorale et lui donner suffisamment de temps pour inspirer confiance.
LA LISTE ÉLECTORALE, L’AUTRE CHRONOMÈTRE
À ce chantier s’ajoute celui de la liste électorale. Nouvelles inscriptions, actualisation des données, réclamations et contentieux éventuels exigent du temps. Dans une démocratie, le fichier électoral n’est pas une formalité administrative. Il constitue l’un des fondements de la crédibilité du scrutin.
Installer tardivement un nouvel organe électoral avant de lui demander de conduire rapidement une révision de la liste serait prendre le risque de transformer chaque difficulté technique en controverse politique.
Pourquoi attendre que l’urgence dicte son calendrier ?
ALORS, QU’EST-CE QUI COINCE ?
Attend-on encore certaines contributions ? Des divergences persistent-elles sur la composition et les pouvoirs de la future institution ? Le gouvernement veut-il disposer d’une proposition consolidée de l’opposition avant d’avancer ?
Ces interrogations sont légitimes. Mais faute de calendrier clairement établi, elles alimenteront inévitablement les spéculations.
La Côte d’Ivoire n’est pas encore dans l’urgence. C’est justement maintenant qu’il faut agir.
Les partis commencent déjà à réfléchir à leurs candidats, leurs implantations et leurs alliances pour les prochaines élections locales. L’État doit avoir la même longueur d’avance concernant les règles du jeu.
Une élection apaisée ne commence pas le jour du vote. Elle se prépare longtemps auparavant.
2028 semble encore loin sur le calendrier. Pour une réforme électorale de cette ampleur, pourtant, le compte à rebours a déjà commencé. Alors, qu’attend-on encore ?
Issa Khalil
