Sans électricité, pas d’entreprise. Cette réflexion menée par la Confédération Patronale Unique des PME de Côte d’Ivoire (CPU-PME CI) avec à sa tête Dr Diomandé Moussa Elias Farakhan, lui permet à travers le premier numéro de sa Note stratégique parue en avril 2026, de jeter un regard sur la flexibilité énergétique face au délestage qui a de réelles conséquences sur la vie des entreprises.
Le phénomène du délestage n’a pas débuté maintenant. Tout le monde a souvenance des années 2009 et 2010 en Côte d’Ivoire où les coupures intempestives d’électricité faisaient partie intégrante de la vie des populations et des entreprises. Certaines, se trouvant au bord du gouffre, menaçaient même de mettre la clé sous le paillasson.
Il est vrai qu’après la crise postélectorale de 2010 et 2011, les nouvelles autorités ont pris le taureau par les cornes, créant les conditions d’une production efficiente d’électricité par la construction d’infrastructures capables de faire face aux défis de l’heure.
Toutefois, cela n’a pas empêché qu’en 2021, ces coupures d’électricité, bien qu’insignifiantes par rapport à celles de 2009 et 2010, viennent perturber à nouveau le quotidien des populations. Les autorités en charge de l’électricité évoquaient alors à cette période, un assèchement des barrages dû à une basse pluviométrie observée l’année précédente.
En 2026 également, les Ivoiriens ont une fois de plus souffert de ces interruptions d’électricité entre les mois de janvier et avril.
Même si les choses semblent se normaliser peu à peu, il est à craindre que des situations du genre ne viennent perturber le quotidien non seulement des populations mais surtout des entreprises qui ont besoin de tourner, souvent 24h/24 pour faire face aux besoins du marché.
C’est pour parer à de telles situations qui ne préviennent pas, que la Confédération Patronale Unique des PME en Côte d’Ivoire (CPU-PME CI) a mené une réflexion sur la flexibilité énergétique à travers le tout premier numéro d’une note stratégique de 22 pages sortie en avril 2026.
La méthode anticipative de la CPU-PME CI
Dans cette étude, la CPU-PME CI estime que le délestage récurrent en Côte d’Ivoire n’est plus un incident conjoncturel mais devient « une contrainte structurelle qui érode, jour après jour, la capacité productive des PME ivoiriennes ». Et, l’étude, de relever l’importance des PME dans le tissu social et économique ivoirien.
« Elles représentent 98 % du secteur privé, contribuent à plus de 20 % du PIB, emploient 23 % de la population active et ont généré à elles seules 48 % des nouveaux emplois en 2024 soit plus de 45 000 postes », relèvent les patrons d’entreprises. Tout en admettant malgré eux, que « leur fragilisation énergétique est donc, par définition, une fragilisation macroéconomique ».

Pour permettre à toutes les parties de ne pas sortir perdantes, le patronat suggère une collaboration entre les décideurs et les PME.
« La présente note défend une thèse simple mais exigeante : la réponse au délestage ne viendra pas seulement de l’augmentation de l’offre. Elle viendra aussi et peut-être surtout de la transformation de la demande. C’est le sens de la flexibilité énergétique : permettre aux PME de passer du statut de victimes passives du réseau à celui d’acteurs intelligents de leur propre consommation », explique la note.
La CPU-PME appelle donc à l’adoption d’une doctrine nationale de flexibilité énergétique des PME, articulée autour de cinq axes : le diagnostic accessible, l’accompagnement technique sectoriel, le financement dédié, les incitations tarifaires et la structuration d’un véritable marché de la flexibilité. En se basant sur des expériences vécues ailleurs.
« Cette doctrine s’appuie sur les enseignements concrets d’expériences comparables menées au Kenya, en Inde, au Maroc, en Afrique du Sud, au Vietnam et au Ghana dont plusieurs sont directement transposables à la réalité ivoirienne », justifie la note. Tout en faisant remarquer qu’au-delà « de la stabilité du réseau et de la compétitivité des entreprises, cette doctrine porte une dimension humaine décisive ». Car, à en croire la note, les projections prudentes de la CPU-PME évaluent entre 12 000 et 18 000 emplois nets, directs et indirects, le potentiel de création de la politique de flexibilité à l’horizon 2030.
« Des emplois majoritairement formels, qualifiés, ancrés dans le territoire auditeurs énergétiques, installateurs solaires, techniciens de maintenance, energy managers, conseillers et ouverts à l’inclusion des femmes et des jeunes diplômés. Ces métiers peuvent, en outre, faire émerger un écosystème de start-up ivoiriennes capables de rayonner dans toute la CEDEAO », justifie-t-on à la CPU-PME.
Dans ce document, la Confédération patronale apprend que la Côte d’Ivoire dispose déjà d’un cadre réglementaire structuré avec les décrets n°2016- 783, 2016-786 et 2016-787 du 12 octobre 2016, pris en application du Code de l’Électricité (loi n°2014-132), et qui offrent des outils juridiques, tarifs d’achat garanti, statut de producteur indépendant, autoproduction avec revente d’excédent, mini-réseaux que les PME doivent s’approprier.
Ouattara Abdoul Karim
Quels risques pour les entreprises ?
Le délestage comme agression systémique
Le délestage ne frappe pas de manière isolée. Ses effets sont cumulatifs et se propagent en cascade le long des chaînes de valeur. Une coupure de trois heures dans une unité de transformation agroalimentaire ne détruit pas seulement trois heures de production : elle compromet un lot entier de matières périssables, décale une livraison contractuelle, fragilise la relation client et provoque un appel de puissance brutal au moment de la remise sous tension accélérant l’usure des machines et augmentant le risque de panne. Les effets directs sont documentés :
• Pertes de production : arrêt des machines, rupture des processus continus, perte de matières en cours de transformation.
• Perturbations logistiques et commerciales : retards de livraison, ruptures de stock, pénalités contractuelles.
• Hausse des coûts d’exploitation : recours au groupe électrogène (coût du kWh diesel estimé entre 3 et 5 fois le tarif réseau), surconsommation au redémarrage.
• Dégradation de la qualité : produits non conformes, services interrompus, perte de données numériques.
• Usure accélérée des équipements : les micro-coupures et les variations de tension réduisent significativement la durée de vie des machines industrielles, des compresseurs frigorifiques et des équipements informatiques.
• Fragilisation de la trésorerie : dans des entreprises déjà soumises à des contraintes de financement élevées, chaque coupure amplifie le besoin en fonds de roulement.
Source : Note stratégique N° 01/ Avril 2026 de la CPU-PME.CI

