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Fonds souverain : la Côte d’Ivoire peut-elle convertir sa rente en capital ?

Avec le Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI), l’État s’est doté d’un instrument que peu d’économies africaines s’approprient. Son succès ne se mesurera pas uniquement aux milliards investis, mais à ceux qu’il mobilisera et au patrimoine transmis aux générations futures. Rarement les conditions auront été aussi favorables. La Côte d’Ivoire […]

Avec le Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI), l’État s’est doté d’un instrument que peu d’économies africaines s’approprient. Son succès ne se mesurera pas uniquement aux milliards investis, mais à ceux qu’il mobilisera et au patrimoine transmis aux générations futures.

Rarement les conditions auront été aussi favorables. La Côte d’Ivoire aborde la période 2026-2030 avec une croissance supérieure à 6 %, une notation relevée à « BB » et une dette maîtrisée. Dans le même temps, le Plan National de Développement, adopté le 14 avril 2026, prévoit quelque 192 milliards de dollars d’investissements – un effort que le budget de l’État ne pourra porter seul. C’est dans ce croisement entre crédibilité macroéconomique et besoins massifs d’infrastructures que le Fonds Souverain Stratégique pour le Développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI) trouve sa raison d’être.

Le moment est aussi géopolitique. Dans un monde fragmenté où le financement traditionnel du développement se raréfie, la compétition pour les capitaux patients s’intensifie. Disposer d’un investisseur souverain crédible n’est plus un attribut de prestige, mais un instrument de souveraineté économique – le sens même de la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), portée par la Banque africaine de développement (BAD) et consacrée par le « Consensus d’Abidjan » d’avril 2026.

Les partenaires ont d’ailleurs déjà répondu à la question de la confiance : au Groupe consultatif d’Abidjan de juillet 2026, ils ont annoncé 80 milliards de dollars d’intentions de financement pour le PND 2026-2030, près de quatre fois l’objectif recherché. La vocation du Fonds n’est pas de créer cette confiance, mais de la transformer en capital patient.

Transformer la rente en patrimoine

Les textes fondateurs sont clairs. Trois compartiments autonomes : un fonds d’infrastructures dédié aux projets « rentables », une réserve de stabilisation strictement encadrée, une épargne de long terme dont le capital ne peut financer les dépenses de l’État. Le Fonds complète l’action budgétaire sans s’y substituer – la ligne de crête sur laquelle tant de fonds ont trébuché.

Sa vraie mesure sera son effet multiplicateur : pour chaque dollar public investi dans un projet bien structuré, deux à trois dollars de capitaux privés, multilatéraux et bilatéraux peuvent être mobilisés. C’est le métier d’investisseur d’ancrage, aux côtés des institutions financières africaines et de l’épargne institutionnelle régionale. Premier fonds souverain de l’espace UEMOA à architecture complète, le FSD-CI peut devenir, s’il tient ses promesses, une référence pour l’Afrique francophone.

Quatre conditions feront le succès. La gouvernance, d’abord : cinq administrateurs indépendants de stature incontestable, un directeur général sélectionné au mérite, des garde-fous appliqués avec constance, y compris en période électorale. La discipline, ensuite : mieux vaut trois investissements exemplaires en 2027 que dix engagements précipités en 2026. La transparence, encore : adhésion à des référentiels internationaux, rapports publiés, évaluations indépendantes – pour un fonds souverain, la confiance est le premier des actifs. La qualité des premiers apports, enfin : des actifs clairement identifiés, évalués de manière indépendante à leur valeur de marché, sous peine d’une capitalisation de façade. Le tout dans une stricte cohérence macro-budgétaire.

Si ces conditions sont réunies, 2030 pourrait consacrer la conversion d’une partie des revenus du cacao, de l’or et des hydrocarbures en patrimoine productif pour les générations futures. La rente est temporaire ; la richesse durable se construit. La Côte d’Ivoire a les moyens de réussir cette transformation – et son expérience sera suivie bien au-delà de ses frontières.

Source : Jeune Afrique

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