Il existe des moments où une parole politique engage plus qu’elle ne le soupçonne.
Depuis la déclaration du Président Ouattara le 8 décembre 2025, la notion de transition générationnelle occupe l’espace public ivoirien.
Les conversations s’ouvrent, les espoirs s’articulent, les attentes se précisent. C’est en soi une bonne nouvelle. Un peuple qui délibère est un peuple qui se prend en charge.
Mais il y a une loi d’airain dans la politique. Une parole sans acte devient rapidement un risque. L’attente non suivie d’effets, produit de la frustration et la frustration collective est partout dans l’histoire, un facteur d’instabilité.
Nous n’avons pas le droit de laisser un mot aussi chargé de sens se vider de sa substance. D’autres nations africaines nous ont précédés dans cette épreuve. Elles ont vu le mot transition devenir une formule rhétorique agitée pour apaiser les foules sans jamais rien transformer. La Côte d’Ivoire mérite mieux que cela. Sa jeunesse exige mieux que cela.
Un peuple peut supporter la difficulté mais il ne supporte jamais durablement l’injustice déguisée en promesse.
Alors, posons la question centrale sans détour, sans complaisance. De quoi parlons-nous vraiment ?
Une transition n’est pas un changement de visage. C’est une transformation de système. C’est la distinction fondamentale que nous devons établir avant toute chose car c’est précisément là que se joue l’essentiel. Une transition véritable, c’est le renouvellement des élites à tous les niveaux de décision dans les institutions, dans les administrations, dans les entreprises publiques, dans les organes consultatifs. C’est l’association concrète de la jeunesse au pouvoir réel, pas au pouvoir d’apparat.
Changer la tête sans changer le corps, c’est greffer une fleur sur un arbre malade. La fleur peut paraître belle le temps d’une saison. Mais l’arbre lui, reste malade. La Côte d’Ivoire a trop souvent vu des réformes de façade habillées en transformations profondes. La génération qui vient n’est ni naïve ni patiente à l’infini. Elle observe. Elle évalue. Elle conclut.
La question des profils est inséparable de la question du sens. Nous n’appelons pas au renouvellement par principe d’âge. Nous appelons au renouvellement par exigence de compétence, d’intégrité et de sens de l’Etat.
La compétence d’abord, la maîtrise des enjeux contemporains, la transition numérique, la souveraineté économique, les défis climatiques, les équilibres géopolitiques nouveaux.
L’intégrité ensuite, non pas comme déclaration d’intention mais comme culture vécue.
Le sens de l’Etat enfin, cette capacité rare à servir l’intérêt général au-delà des cercles proches.
Un Etat sans dirigeants à la hauteur de ses ambitions est une nation sans avenir crédible.
L’alerte doit être formulée avec clarté. Le véritable danger n’est pas l’absence de transition. Le véritable danger, c’est l’illusion de transition.

Une continuité masquée est souvent plus dangereuse qu’un blocage assumé parce qu’elle consume la confiance sans jamais la reconstruire.
Retarder une transition ne la supprime pas. Cela la rend plus brutale. La confiance nationale est en jeu.
Une transition confisquée prépare toujours une rupture que personne ne contrôle.
Une transition réelle exige des processus transparents une transmission organisée du savoir de l’Etat, des garanties constitutionnelles solides et un dialogue national ouvert.
Le choix historique est posé. Organiser la transition ou la simuler ou la repousser.
A la jeunesse ivoirienne, le pouvoir ne se donne pas. Il se prend par le mérite, par la préparation, par l’engagement.
La jeunesse ivoirienne a les ressources. Ce qui lui manque parfois, c’est la certitude que le système est réellement ouvert. Nous disons qu’il doit l’être.
La Côte d’Ivoire ne mérite pas une transition de façade. Elle mérite une transformation réelle.
Ce texte n’est pas une contestation. C’est une alerte. Ce n’est pas une opposition. C’est un avertissement responsable.
Dans l’histoire des nations, ce ne sont pas les mots qui changent le destin. Ce sont les décisions courageuses prises au bon moment.
Une transition que l’on retarde devient une pression.
Une transition que l’on bloque devient une fracture.
Une transition que l’on organise devient une force.
Le choix appartient à ceux qui gouvernent. La vigilance appartient à ceux qui seront gouvernés.
Et l’histoire retiendra que la génération qui accepte de patienter indéfiniment, finit toujours par être remplacée par celle qui décide d’agir.
Fait, le 14 avril 2026
Yaya Fofana
Président du Mouvement des Forces d’Avenir MFA

