A la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2023 de Football organisée en Côte d’Ivoire en janvier 2024, les Eléphants, équipe nationale du pays organisateur était parvenu, au bout de mille efforts, à garder le trophée. Emerse Faé qui avait pris les rênes de la formation ivoirienne après la débâcle des pachydermes face aux Equato-guinéens (4-0) suite à l’abandon de Jean-Louis Gasset en pleine compétition, avait réussi avec ses adjoints Guy Demel et Alain Gouamené, à constituer une équipe conquérante qui a gravi les échelons jusqu’à la victoire finale.
Ils sont 30 millions d’Ivoiriens, l’équivalent de 30 millions d’entraîneurs de leur équipe nationale. Ces millions de coachs, spécialistes comme simples observateurs de foot ont chacun leur façon de voir.
Certains avancent un problème de choix des athlètes, considérant pour la sélection, qu’il fallait un tel à la place de tel autre quand d’autres estiment que le sélectionneur et entraîneur principal diplômé et reconnu comme tel n’arrive jusque-là pas à trouver une équipe type, homogène et sans reproche.
« Il tâtonne encore. A quelques jours de notre premier match, Faé n’a même pas encore une équipe type, bien connue », regrette un des nombreux supporters-entraîneurs et Dieu sait combien nous en avons sous nos cieux.
Un autre soi-disant connaisseur de foot trouve que le coach nommé par l’autorité compétente fait trop confiance à de vieux joueurs qui risquent de ne pas tenir bon devant les gamins de 18 ans de la Nationalmannschaft, l’équipe nationale allemande.
« Que pourront les Séry, Séko, Kessié et Sangaré devant des jeunes gens frais comme Musiala ou Florian Wirtz si ce n’est courir après le ballon à s’arracher le cœur de la poitrine ? », se moque-t-il.
Pourtant, le match amical du jeudi 4 juin 2026 à Nantes entre Français et Ivoiriens a permis à plus d’un observateur de voir que Franck Kessié n’a pas un cœur aussi vieux ( ?) qu’on le prétend. L’ancien milanais et capitaine des Eléphants qui est encore pressenti pour la saison à venir à San Siro, a démontré lors de ce France-Côte d’Ivoire qu’on peut encore compter sur sa capacité physique mais également sur son expérience. Puisque parlant d’expérience, il en faut souvent à une équipe pour aller loin. Surtout pour une compétition comme la Coupe du Monde (CDM) de football.
On aura compris qu’on ne peut faire l’unanimité et cela paraît tout à fait clair dans la vie de tous les jours mais particulièrement en Côte d’Ivoire où chacun pense tout connaître.
Le grand fonctionnaire pense pouvoir en apprendre au journaliste sur son métier, le technicien automobile qui croit savoir trop fait des reproches à l’enseignant sur sa manière de dispenser ses cours, etc.
Parce que leurs choix ne s’accordent pas avec ceux des entraîneurs, des personnes sur les réseaux sociaux ont décidé de migrer vers le dénigrement, allant jusqu’à qualifier Emerse Faé qui nous a pourtant remporté la CAN 2023 dans les conditions qu’on sait, de ‘’DJ Brico’’, le comparant à un bricoleur.
Un peu de retenue, d’indulgence et de tolérance
Si tant est que Faé est passé maître dans l’art du bricolage, comment fait-il gagner la CAN à son pays, qualifie son équipe pour le Mondial 2026, aligne des matches amicaux satisfaisants en battant la Corée du Sud 3-1, l’Ecosse 1-0 et récemment la France 2-1 ?
Si en bricolant, Faé avance bien, pourquoi ne pas le laisser bricoler ? Cela pourrait, sait-on jamais, nous conduire à la finale de la CDM comme ce fut le cas à la CAN 2023 en janvier et février 2024 en Côte d’Ivoire.
Dans les jugements qu’ils font, les Ivoiriens devraient savoir raison garder. Tout le monde aime son pays et aimerait le voir cité parmi les meilleurs. Mais, de là donner dans le dénigrement gratuit et souvent même dans les bassesses serait faire fausse route.
L’image qui a été servie au monde entier après la débâcle en janvier 2024 face à la Guinée-Equatoriale doit s’effacer. Si on n’est pas fier de perdre lourdement contre un adversaire, de surcroît sur ses terres, injurier méchamment les joueurs n’est pas de nature à changer positivement les choses. Personne n’aimerait voir insultée sa mère et en être fier. Ce sont des attitudes qui peuvent démoraliser et même pousser les athlètes vers la dépression parce que tout le monde n’a pas la capacité d’encaisser des violences verbales et des comportements malsains à son égard. Il suffit de se mettre à la place de celui qu’on offense pour imaginer ce qu’on pourrait vivre si le mal était dirigé contre soi.
En finale de la CAN 2015 à Malabo contre le Ghana, combien d’Ivoiriens n’avaient cloué au pilori Barry Boubacar Copa, le portier ivoirien du jour que Hervé Renard avait choisi pour remplacer Gbohouo Sylvain, auteur de belles prestations pendant tous les matches de la compétition jusqu’à celui de la demi-finale, mais blessé pour la dernière confrontation.
Au final, Copa qu’on disait être un adversaire pour son pays, finira par arrêter le dernier tir au but ghanéen avant de marquer le sien, synonyme de victoire et de deuxième étoile pour la Côte d’Ivoire après celle de 1992 au Sénégal.
On peut critiquer mais en y mettant la manière. La défaite du Brésil, pays organisateur du Mondial 2014 face à l’Allemagne en demi-finale 7-1 a suscité des commentaires sans que le ciel ne tombe sur la tête des joueurs de la Seleçao.
Le Maroc est parvenu à atteindre l’étape des demi-finales de la dernière Coupe du monde 2022 au Qatar. A la CAN ivoirienne de 2023, le parcours des Lions de l’Atlas s’est arrêté de manière inattendue en huitièmes de finale face à l’Afrique du Sud (0-2). Pour la CAN 2025 qu’il a accueilli, le Maroc a étonnamment perdu la finale contre le Sénégal (0-1) sans que les joueurs, notamment Brahim Diaz qui avait raté un pénalty en or, ne soient pris pour cibles par les supporters marocains.

C’est cette élévation d’esprit qu’il faut aux Ivoiriens. Etre tolérants, courtois, laisser l’entraîneur et les joueurs faire leur travail pour les juger à la fin.
En attendant de les juger à la fin de la compétition, sachons donc faire confiance à Faé et à son staff en les laissant aller au bout de leurs idées.
« On aura encore besoin de vos prières. Soyez positifs, soyez bienveillants, envoyez toutes vos ondes positives pour que la Côte d’Ivoire aille le plus loin possible et écrive l’histoire. Je crois fort en cette équipe, Si on a la volonté et la foi, on peut aller très loin dans cette compétition mais on aura besoin de vos prières. N’hésitez pas, soyez avec nous. Que ce soit bon ou que ce ne soit pas bon, qu’on soit mené, qu’on mène au score, soyez toujours avec nous. Vous verrez que vous nous donnerez de la force et de l’énergie et cela nous permettra de faire des choses comme on l’a fait pendant la CAN 2023 que nous avons remportée chez nous », s’exprimait Emerse Faé en conférence de presse le 15 mai 2026, après la publication de la liste des Eléphants pour le Mondial 2026.
Ouattara Abdoul Karim

