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Nouvel organe électoral ivoirien/ Comment opérer le choix des dirigeants ?: un acteur politique propose…

La proposition gouvernementale visant à distinguer l’organisation matérielle des élections, le recensement des votes et la supervision du processus constitue une évolution importante dans la réflexion sur la gouvernance électorale de notre pays. Elle traduit la volonté d’améliorer continuellement nos institutions et de renforcer la crédibilité du système démocratique ivoirien. Cette démarche mérite d’être saluée. […]

La proposition gouvernementale visant à distinguer l’organisation matérielle des élections, le recensement des votes et la supervision du processus constitue une évolution importante dans la réflexion sur la gouvernance électorale de notre pays. Elle traduit la volonté d’améliorer continuellement nos institutions et de renforcer la crédibilité du système démocratique ivoirien.

Cette démarche mérite d’être saluée. Toutefois, au-delà de l’architecture institutionnelle retenue, une question demeure fondamentale : qui choisira les arbitres chargés d’animer ces institutions et de garantir leur impartialité ?

Cette interrogation, en apparence technique, touche en réalité au cœur du pacte républicain. Car, la stabilité d’une démocratie ne repose pas uniquement sur la qualité de ses textes, mais également sur la confiance que les citoyens accordent à ceux qui les appliquent.

Depuis plusieurs décennies, les élections ivoiriennes sont souvent perçues comme des moments de forte tension politique. Cette situation ne résulte pas uniquement de la compétition entre les partis. Elle trouve également son origine dans les controverses récurrentes entourant les institutions chargées d’organiser, de superviser ou de certifier les scrutins.

Lorsqu’une partie importante des acteurs doute de l’impartialité de l’arbitre, la confiance s’affaiblit avant même l’ouverture des bureaux de vote.

La crédibilité de l’arbitre, fondement de la paix électorale

Dans toute compétition, la légitimité du résultat dépend largement de la confiance accordée à celui qui veille au respect des règles.

Une démocratie solide n’est pas celle où tous les acteurs s’apprécient. C’est celle où tous acceptent de se soumettre à un arbitre reconnu comme impartial.

Lorsque l’institution électorale est perçue comme proche d’un camp politique, chaque décision devient suspecte, chaque difficulté technique nourrit la controverse et chaque résultat risque d’être contesté.

À l’inverse, lorsque l’arbitre inspire confiance, la compétition politique peut se dérouler dans un climat plus apaisé, même lorsque les enjeux sont élevés.

Les enseignements des démocraties africaines

Plusieurs démocraties africaines offrent aujourd’hui des enseignements utiles.

Au Ghana, la crédibilité progressivement acquise par la commission électorale a contribué à l’acceptation de plusieurs alternances politiques pacifiques.

Au Sénégal, malgré les débats et les tensions inhérents à toute démocratie vivante, les institutions électorales ont longtemps bénéficié d’un niveau de confiance relativement élevé favorisant la stabilité du processus démocratique.

Ces expériences démontrent qu’aucune démocratie n’est parfaite. Elles montrent cependant qu’une institution électorale crédible constitue l’un des investissements les plus rentables pour la paix civile, la cohésion nationale et la stabilité institutionnelle.

Une réforme ivoirienne pour une ambition ivoirienne

Chaque nation construit ses institutions en fonction de son histoire, de sa culture politique et de ses réalités propres.

La Côte d’Ivoire n’a pas vocation à copier mécaniquement les modèles étrangers. Elle doit s’inspirer des meilleures pratiques tout en bâtissant un système qui corresponde à son expérience nationale et à ses exigences républicaines.

L’objectif n’est donc pas d’importer une solution clé en main, mais de construire un modèle ivoirien capable de renforcer durablement la confiance entre les citoyens, les acteurs politiques et les institutions.

Dépasser la logique du partage politique

Pendant longtemps, la réponse aux crises de confiance a consisté à répartir les postes entre majorité, opposition et diverses sensibilités.

Cette logique part d’une intention louable. Toutefois, elle présente une limite majeure. Elle tend parfois à transformer l’institution électorale en prolongement de la compétition politique.

Or, un arbitre n’est pas la somme de plusieurs influences partisanes. Un arbitre est une autorité indépendante dont la légitimité repose sur sa compétence, son intégrité et sa neutralité.

L’objectif ne devrait donc pas être d’organiser un équilibre de méfiances mais de construire une véritable culture de confiance institutionnelle.

Une procédure nouvelle pour choisir les arbitres

La réforme de la gouvernance électorale offre l’occasion d’innover.

Les membres des institutions électorales pourraient être sélectionnés à travers une procédure ouverte, transparente et fondée sur le mérite.

Un appel public à candidatures permettrait d’identifier les profils les plus qualifiés.

Les candidatures pourraient ensuite être examinées par un comité composé de magistrats, d’universitaires, de personnalités reconnues pour leur intégrité ainsi que de représentants d’institutions républicaines.

Les auditions pourraient être rendues publiques afin que les citoyens puissent apprécier eux-mêmes la compétence et l’indépendance des candidats.

Enfin, une validation à la majorité qualifiée par une instance pluraliste empêcherait toute désignation unilatérale et favoriserait la recherche du consensus.

La règle des trois tiers, à condition que le tiers neutre soit réellement neutre

L’idée d’une représentation équilibrée entre majorité, opposition et société civile mérite d’être examinée avec intérêt.

Cependant, son efficacité dépend entièrement de la qualité du tiers réputé neutre.

Ce tiers ne doit être ni une majorité déguisée ni une opposition dissimulée. Il doit être constitué de personnalités dont l’indépendance est reconnue par l’ensemble des acteurs nationaux.

Sans cette exigence, la réforme risquerait de changer les structures sans transformer réellement les pratiques.

Affi N’guessan du FPI et Simone Gbagbo du MGC étaient à la rencontre d’échanges avec le Premier ministre Mambé. Ph. DR

Transparence et responsabilité

La confiance se construit par des mécanismes concrets.

Un fichier électoral régulièrement audité par des experts indépendants.

Une publication détaillée des résultats bureau de vote par bureau de vote.

Des observateurs nationaux et internationaux disposant d’un accès effectif à l’information.

Un juge électoral indépendant dont les décisions sont respectées par tous les acteurs.

Ces garanties sont aujourd’hui devenues des standards démocratiques largement reconnus à travers le monde.

Faire de l’arbitre un patrimoine national

La véritable réforme consiste à considérer l’organe électoral comme un patrimoine commun de la République.

Aucun parti, aucune majorité, aucune opposition ne doit pouvoir s’en approprier le fonctionnement ou l’image.

L’institution électorale doit appartenir à l’ensemble des citoyens. Elle doit être suffisamment forte pour résister aux alternances politiques et suffisamment crédible pour inspirer confiance à tous.

La question fondamentale n’est pas de savoir qui remportera la prochaine élection.

La véritable question est de savoir si tous les Ivoiriens accepteront le verdict des urnes parce qu’ils auront confiance dans ceux qui auront organisé et supervisé le scrutin.

Les institutions passent le véritable test de leur solidité lorsqu’elles inspirent confiance à ceux qui gagnent comme à ceux qui perdent.

Le jour où chaque acteur politique acceptera le verdict des urnes parce qu’il aura confiance dans l’arbitre, la Côte d’Ivoire aura franchi une étape décisive dans la consolidation de sa démocratie.

Voilà le véritable enjeu de la réforme électorale.

Fait à Abidjan, le 23 juin 2026

Yaya Fofana

Président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

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