Les déguerpis du quartier Vridi 3 dans la commune de Port-Bouët, plus connu sous le nom de ‘’Zimbabwé’’, en veulent au district autonome d’Abidjan, initiateur de cette opération engagée le mardi 2 juin 2026.
Désespéré, Aron T. ne manque pas de mots pour qualifier l’attitude du district autonome d’Abidjan qui a entrepris la démolition du quartier ‘’Zimbabwé’’. Comme lui, plusieurs déguerpis broient du noir, s’interrogeant sur l’avenir.
« Nous n’avons pas été informés d’un quelconque déguerpissement ces jours-ci. C’est en 2016 que des personnes sont venues nous informer qu’on devait libérer la zone. Et elles ont entamé un recensement des propriétaires et des locataires resté sans suite. Quelques années plus tard, précisément en 2024, les premières menaces ont surgi. Jusqu’à ce que des démolisseurs viennent s’attaquer aujourd’hui (NDLR ; mardi 2 juin 2026) à nos habitations », confie notre interlocuteur. Non sans faire des précisions quant à des rencontres entre des responsables du quartier et ceux du district.
« Pourtant, nos responsables, dans un passé proche, étaient venus calmement rencontrer le district pour savoir à quel moment ils seraient invités à plier bagages et comment se ferait le dédommagement si dédommagement il devrait y avoir. Comme réponse, les représentants du district ont fait savoir à leurs hôtes que nous serions informés le moment venu. A notre grande surprise, nos proches nous appellent ce mardi alors que nous étions déjà au travail, pour nous apprendre que nos habitations sont en train d’être détruites et c’est ce que nous ne comprenons pas », affirme Aron T.

Selon ce dernier, personne ne comprend l’attitude des autorités qui ont construit une grande école primaire, un important centre de santé dans ce quartier qui abrite également une pharmacie.
« Si nos autorités savaient que ce quartier allait être rasé, pourquoi engager de tels investissements au profit des populations ? », s’interroge-t-il.
A l’en croire, il a pu sauver in extremis tout le contenu de son habitation avant que les caterpillars du district ne viennent procéder à la destruction de sa maison. Quant à son épouse et ses enfants, ils ont trouvé refuge dans la cour familiale à Abobo, une commune du nord d’Abidjan.
A la question de savoir si les déguerpis seront dédommagés ou indemnisés, l’homme répond sans ambages.
« Tous les déguerpis se cherchent. Certains n’ont pas de parents capables de les recevoir. Ceux-ci fuient vers leurs villages respectifs à Bouaké, à Korhogo, à Danané, à Aboisso, etc. Comment les dédommager quand chacun a pris sa direction sans qu’on ne sache où chacun s’est dirigé ? », semble pessimiste cet impacté.
De l’avis de cette victime d’expulsion forcée, les destructions se sont arrêtées mardi juste au niveau de l’école primaire et devraient se poursuivre dans les jours à venir.

Le district balaie du revers de la main toutes les accusations
Le district autonome d’Abidjan a balayé du revers de la main, les arguments des déguerpis. Par la voix de son Directeur de la Communication, il affirme mordicus que les populations ont bel et bien été informées des dispositions à prendre pour quitter les lieux.
« L’Etat ne peut procéder à de telles opérations sans informer les occupants des lieux à démolir. M. Cissé Bacongo a été nommé gouverneur du district autonome d’Abidjan en décembre 2023. En 2024, nous avons rencontré les populations pour une mise en demeure. Plusieurs rencontres ont même suivi. Mais comme vous le savez, les populations déguerpies ne vous diront jamais qu’elles ont été informées. Il y a eu beaucoup d’exemples ici à Abidjan. Tant qu’elles ne voient pas les machines à leurs portes, elles ne prennent pas au sérieux les mises en garde », explique Baba Coulibaly Nicolas.
Selon le Dircom du district, certains déguerpis tentent de travestir les propos des autorités, faisant croire que le déguerpissement serait lié à des risques d’inondation.
« Il y a plusieurs facteurs de risques. Pour Zimbabwé, à aucun moment, nous n’avons parlé d’inondation. Pour chaque quartier se présentent des risques précis. Quand ce n’est pas les inondations, il peut s’agir de risques sanitaires avec la saison des pluies qui bat son plein, de glissement de terrain ou de risque d’électrocution avec les fils électriques qui pendent un peu partout sur les habitations. Derrière l’Ecole nationale d’administration (ENA) par exemple, il était question de risque d’inondation. Les populations ont été déguerpies. Tout comme derrière le Tribunal du Commerce », réagit Baba Coulibaly pour qui, l’Etat a souvent indemnisé des habitants de zones à détruire, lesquels occupants ont refusé de quitter les lieux malgré l’argent reçu, jusqu’à ce que se présentent des machines devant eux.
« Pour ce qui est de Zimbabwé, je ne sais pas ce qui sera fait pour les déguerpis, mais les habitants des zones récemment détruites notamment la zone située derrière l’ENA vers Gobelet puis celle entre le Tribunal du Commerce et la clôture de la gendarmerie Agban ont reçu la somme de 973 millions de F CFA pour se reloger. Mais pour l’heure, l’objectif principal reste le départ des populations parce que nous visons à la faveur de cette saison des pluies, zéro mort dans le district autonome d’Abidjan », laisse entendre le directeur de la Communication du district.
Ouattara Abdoul Karim

