Prix d’achat du cacao, financement de l’interprofession, coopération avec Accra… Pour le régulateur du secteur de l’or brun ivoirien, la saison de commercialisation des fèves démarre, avec son lot de crispations.
Le Conseil café-cacao (CCC), régulateur du secteur de l’or brun en Côte d’Ivoire, a fort à faire. Alors que la campagne de commercialisation des fèves a été lancée le 1er septembre, les sujets de tension ne manquent pas.
Le cacao, qui compte pour 17 % du PIB du pays et la moitié de ses recettes d’exportation, est une filière clé pour l’économie ivoirienne. Cependant, le secteur reste soumis à la volatilité des marchés mondiaux et aux aléas climatiques. Impliquant de nombreux acteurs aux intérêts divergents – des petits producteurs aux multinationales du chocolat, en passant par les exportateurs –, il est régulièrement marqué par des tensions.
Résultat, le CCC, dirigé depuis 2017 par Yves Brahima Koné, doit régulièrement gérer des dossiers chauds. Après une saison marquée par la crise des stocks de fèves invendus, résultat de défauts d’opérateurs spéculateurs n’ayant pas honoré leurs contrats d’achats, le régulateur du secteur fait désormais face à plusieurs difficultés.
Bataille sur le prix
La première est la fronde des paysans contre le maintien du prix d’achat du cacao. Annoncé chaque année lors du lancement de la campagne de commercialisation, il a été fixé pour cette saison à 1 200 F CFA (1,83 euro), soit le tarif déjà en vigueur depuis mars. Or les petits producteurs, qui affirment avoir encore des stocks à écouler et mettent en avant la hausse des cours mondiaux depuis le début de l’année, tablaient sur un prix plus important.
Une demande à laquelle le CCC ne peut accéder. En effet, le régulateur qui, comme de coutume, prévend chaque année une partie de la récolte, a cédé plus de 1 million de tonnes ces derniers mois. Problème : les cours de l’or brun étaient alors moins hauts qu’actuellement, et le CCC afficherait de lourdes pertes s’il devait s’aligner sur les cours actuels.
Crispations avec l’interprofession
Cette bataille autour du prix, récurrente dans le secteur, vient alimenter un deuxième front : des tensions avec l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA-cacao). Créée en 2025 et dirigée par Siaka Diakité, elle doit porter la voix de l’ensemble du monde paysan.
Alors que le CCC et l’OIA se sont déjà opposés sur la gestion des stocks invendus de fèves ces derniers mois, un autre sujet de crispation émerge : le financement du budget de l’OIA-cacao.
Explication : l’instance de représentation paysanne devait être financée par l’instauration d’une parafiscalité sur le cacao – un prélèvement de 10 F CFA par kilogramme – permettant de dégager un budget de 15 milliards de F CFA. Or, selon nos informations, le prélèvement en question n’apparaît pas dans le barème que le CCC a transmis aux exportateurs et acteurs de la filière, ce qui mécontente l’OIA-cacao.
Annonce du Ghana très attendue
En réponse, le CCC prévoit d’apporter une subvention directe pour financer le budget de l’OIA, ce qui n’apaise toutefois pas totalement cette dernière. En effet, en mars dernier, Siaka Diabaté avait sollicité une avance budgétaire estimée à 1 milliard de F CFA auprès du CCC. Depuis, ce ne sont que 286 millions qui ont été mis à disposition, le solde étant toujours en cours de décaissement.
Enfin, pour le CCC, il y a deux autres points de préoccupation. D’une part, la lutte contre la contrebande de fèves vers les pays voisins doit se poursuivre – des arrestations aux frontières ont déjà eu lieu. D’autre part, l’annonce prochaine du prix d’achat ghanéen, qui pourrait être supérieur au tarif ivoirien, accentue la pression sur le système ivoirien. En effet, cela pourrait contraindre la Côte d’Ivoire à revoir son tarif, et par là même tout l’équilibre financier de la campagne. Même si Abidjan et Accra travaillent main dans la main depuis 2018, l’alliance Côte d’Ivoire-Ghana reste à consolider campagne après campagne.
Sollicité sur la question du prix d’achat bord champ, le CCC a renvoyé vers la position officielle du gouvernement, donnée lors du lancement de la campagne par le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, la semaine passée. « Notre responsabilité, c’est de fixer un prix qui soit le plus haut possible en fonction des ventes réalisées par le Conseil café cacao, mais également un prix financièrement et budgétairement soutenable », a-t-il ainsi déclaré, soulignant que « le secteur a besoin de sérénité et d’apaisement ».
« Le CCC reste concentré sur la gestion de la campagne café-cacao 2026-27 qui a débuté depuis le 1er septembre 2026 et, notamment, sur la mise en œuvre du Système national de traçabilité (SNT) et l’implémentation de la norme ARS 1000 pour le cacao durable », a ajouté le régulateur du secteur.
Source : Jeune Afrique
