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Affaire « 5 ans de prison ferme pour un adjudant de gendarmerie filmé en plein racket »: Et si on combattait le mal à la racine ?

La corruption en Afrique sub-saharienne et surtout en Côte d’Ivoire est un mal qui s’enracine de jour en jour. Tous les secteurs sont quasiment touchés, de l’administration publique au privé. Un frein au développement de nos Etats africains qui risque d’annihiler tous les efforts en vue de sortir le continent du sous-développement. C’est l’adjudant D.L.F.J.L […]

La corruption en Afrique sub-saharienne et surtout en Côte d’Ivoire est un mal qui s’enracine de jour en jour. Tous les secteurs sont quasiment touchés, de l’administration publique au privé. Un frein au développement de nos Etats africains qui risque d’annihiler tous les efforts en vue de sortir le continent du sous-développement.

C’est l’adjudant D.L.F.J.L en service à Abobo qui en a fait les frais. Filmé en plein racket le 23 février 2026 dans cette commune abidjanaise, le gendarme a été jugé le 16 avril 2026 par le Tribunal militaire et reconnu coupable des faits qui lui étaient reprochés.

Rendant sa décision, le Tribunal a déclaré l’adjudant coupable d’extorsion de fonds et de violation de consigne. Le condamnant à 5 années d’emprisonnement ferme et 500 000 FCFA d’amende avec mandat de dépôt immédiat. Pour que, selon ladite juridiction, cela serve d’exemple au sein des troupes, le tribunal a ordonné que cette condamnation soit affichée dans toutes les casernes du pays et publiée dans les journaux d’annonces légales.

C’est une décision, à en croire la justice militaire et certains observateurs, qui réaffirme la volonté des autorités de lutter contre l’impunité et le racket au sein des forces de Défense et de sécurité.

Cela dit, l’adjudant D.L.F.J.L paie pour tous ceux qui contreviennent aux règles en vigueur instituées par la  justice militaire. Et Dieu seul sait combien elles sont, ces brebis galeuses qui gangrènent nos valeureux corps de défense et de sécurité.

Aux différents corridors d’entrée et de sortie des grandes villes du pays par exemple, comme une institution, l’on constate pendant les voyages, des faits ahurissants.

Selon une source fréquentant nos routes, des numéros de plaques d’immatriculation de véhicules de transport pour la plupart, sont répertoriés dans un cahier pour s’assurer que les conducteurs de ces cars, gros camions et taxis-brousse sont passés à la caisse.

Et quand ils sont de passage et qu’on leur place la herse de sécurité devant pour les contraindre à s’arrêter et donner la preuve qu’ils se sont déjà acquittés du droit de passage, on entend souvent le conducteur réagir en ces termes : « chef, je suis déjà passé. Vérifiez dans le cahier », avant de dévoiler le numéro de sa plaque d’immatriculation.

L’agent qui tient la barre de fer attend ainsi que celui qui a le cahier, confirme ou infirme avant de retirer ou maintenir la herse de sécurité.

« Si le numéro du conducteur y figure, l’agent retire la longue ferraille et le laisse passer. Si ce n’est pas le cas, il est invité à garer le véhicule sur le bas-côté de la route et d’aller régler dans des box où attendent d’autres agents, ce qu’il y a à régler avant de poursuivre sa route », relate notre interlocuteur.

Cette situation n’est certainement pas méconnue puisqu’elle se fait au grand jour, au vu et au su des voyageurs qui circulent sur nos routes et entre les villes du pays.

« Hier, il y avait la recherche de la valeur intrinsèque dans l’objectif qu’on se fixait en organisant les concours. On ne déboursait pas le moindre copeck pour passer un concours. Seule, la capacité intellectuelle et physique comptait pour évoluer. Mais aujourd’hui, le gendarme, le policier, le douanier et bien d’autres agents sur nos routes, dans la plupart des cas, paient pour être admis aux différents concours. Après avoir payé des millions pour être là où ils sont, que peut-on attendre d’eux si ce n’est la volonté de se faire rembourser sur le terrain », explique un analyste sous le couvert de l’anonymat. Et, ce dernier de renchérir.

« Aujourd’hui, on parle des corps habillés comme on les appelle. Mais, il y a aussi les enseignants, formateurs des futures générations mais surtout le personnel soignant qui tient la vie de millions de personnes entre les mains. En faisant un choix laxiste de l’enseignant, c’est un élève mal formé auquel on s’attend. Idem pour le médecin, l’infirmier ou la sage-femme qui s’occupent de la santé des populations », argumente-t-il.

L’adjudant de gendarmerie a pris les pots cassés devant le Tribunal militaire.

Combattre le mal à la source

Selon notre analyste, il est question d’un changement de mentalité et d’un réel objectif que les pouvoirs publics doivent se fixer.

« Nos gouvernants doivent savoir ce qu’ils veulent réellement. Est-ce qu’il faut taper du poing sur la table comme on l’a fait pour l’adjudant de gendarmerie en question et mettre le holà en traquant tous ceux qui se feront complices des rackets et des achats de concours sans tenir compte de ce qui va se raconter ici et là ou laisser faire. Si on laisse faire, c’est la Côte d’Ivoire qui se retrouvera au bout de quelques années dans les décombres », crache-t-il non sans tirer la sonnette d’alarme.

« Mais, pour le réussir, il faut que nos responsables soient rigoureux avec eux-mêmes. Parce qu’on ne peut pas vouloir appliquer aux autres la rigueur, alors que nous refusons de nous appliquer cette même rigueur. Pendant qu’on demande aux autres de compter sur leurs propres valeurs, on plaide auprès des services des concours pour faire entrer ses propres enfants, sans efforts à fournir. On a souvent entendu parler il y a de cela une vingtaine d’années, de jeunes filles qui étaient sur les étals dans les marchés qu’on est allé chercher pour mettre dans des classes au primaire comme dans des centres de santé après une formation, et quelle formation ! Quels résultats voulons-nous obtenir là ? Après, ce sont ces enseignantes-là qui ne savent même pas conjuguer au présent de l’indicatif ou ce sont ces infirmières qui ne savent pas placer un simple sérum sans faire du mal au malade qui se présentent devant nous. Notre objectif n’est pas d’accuser un pouvoir donné. Mais plutôt un système qui s’est établi depuis peu avant la fin de l’ère Houphouët-Boigny et qui ne cesse de gangréner notre société. Si l’on n’y prend garde, demain, pour sortir de sa maison, il faudra débourser une somme à son voisin, pour qu’il te laisse passer devant chez lui. Et ce sera le comble… », conclut l’analyste.

Ouattara Abdoul Karim

 

 

Concours administratifs en Côte d’Ivoire

Billon avait osé…

Pour la campagne comptant pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025, le magazine d’information de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) ‘’Face aux électeurs’’ était le dimanche 19 octobre 2025 à son deuxième numéro avec comme invité, le candidat du Congrès démocratique (CODE), Jean-Louis Billon. Industriel, homme d’affaires, ex-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire, ancien ministre du Commerce, ancien président du Conseil régional du Hambol, ex-maire de Dabakala et député de cette localité en 2021, Billon était interrogé sur plusieurs sujets. La réconciliation, cohésion sociale et sécurité ; souveraineté économique ; gouvernance et lutte contre la corruption.

Jean-Louis Billon a décrié la corruption lors de la présidentielle d’octobre 2025. Ph. d’archives

Si on l’a toujours connu comme quelqu’un qui ne mâche pas ses mots, l’ancien ministre l’a encore démontré au cours de sa rencontre avec les journalistes. Dès l’entame de l’émission, le candidat soutenu par le CODE a mis les pieds dans le plat. Evoquant la cohésion sociale, Jean-Louis Billon n’a pas hésité à aborder un sujet presque tabou dans ce pays depuis des décennies. Il s’agit de la question de la corruption mais surtout du point sensible concernant l’achat des concours administratifs.

Si les Ivoiriens en parlent, ils l’évoquent certainement en aparté ou dans des causeries entre connaissances. Mais publiquement, de surcroît à la télévision nationale, au cours d’une émission à forte audience comme celle qui accueillait les candidats à l’élection présidentielle, on en a vu rarement. Si ce n’est la première.

Avec forces détails, il avait « osé » comme son slogan de campagne « Osons… ».

« Tant qu’on aura des problèmes de gouvernance par-ci par-là, où les parents vont financer des concours pour un enfant (…) un concours administratif, le concours de police par exemple (…). Parce que les concours sont payants. Pour s’inscrire d’une part et d’autre part malheureusement, il y a aussi de la corruption pour être admis dans les concours. C’est une injustice. Si vous arrivez à payer ou si vous connaissez quelqu’un qui vous donne un coup de pouce, vous allez être admis », avait dénoncé Jean-Louis Billon. A la question du journaliste de savoir où on paie, la réponse de l’invité était sans ambages. « Ah, il y a un système en place. Il ne faut pas faire la politique de l’autruche. On le sait. Tous les Ivoiriens qui sont passés par là vous le disent. Pour être policier, il faut payer 1,5 million (NDLR ; FCFA), pour être inspecteur il y a un tarif, pour être commissaire il y a un tarif. C’est connu. Ce sont là des facteurs de manque de cohésion sociale », achevait-il.

A l’entendre parler, le candidat Billon donnait l’impression d’en savoir beaucoup. Mais si le phénomène dont il parle existe réellement – toute chose que nous ne saurons confirmer – il faut reconnaître qu’il ne date pas de maintenant. Pour ce que nous savons, avant les années 1990, précisément dans l’enseignement, il n’y avait pas de concours pour intégrer les écoles de formation d’enseignants. Après le baccalauréat, l’Etat orientait les admis soit à l’Université, soit à l’Ecole normale supérieure (Ens) ou encore dans les centres d’aptitude de la formation pédagogique (Cafop). Les nouveaux bacheliers ne présentaient donc pas de concours. Avec la surpopulation dans le système éducatif, l’Etat a finalement opté pour l’ouverture des concours. Si ledit phénomène tel qu’évoqué par Billon est une occasion pour certains responsables de s’enrichir, la vraie question réside dans les solutions à apporter pour y mettre fin. En d’autres termes, comment travailler à donner la même chance de réussite à tous les enfants du pays qu’ils soient issus de familles démunies ou aisées. C’est cette réponse que l’on attendait de l’invité du jour mais qui n’est malheureusement pas arrivée.

O.A.K

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